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Dengue : une grippe tropicale qui peut faire saigner

La dengue, aussi appelée « grippe tropicale », est une infection virale liée à un arbovirus, transmis par la piqûre d’un moustique du genre Aedes (moustique tigre) porteur d’un des 4 virus de la dengue. Le syndrome de type grippal peut évoluer vers des complications hémorragiques potentiellement mortelles (« dengue sévère »). 

Songpin/iStock
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Comment faire le diagnostic de dengue ?

Plusieurs méthodes diagnostiques peuvent être mises en œuvre lors de la dengue primaire (première rencontre avec l’un des virus) ou secondaire (rencontre avec l’un des 3 autres virus). 

Le virus peut être isolé à partir du sang au cours des tous premiers jours de l'infection. 

Des tests sérologiques, tels que les tests immuno-enzymatiques simples (ELISA), permettent de confirmer la présence d'anticorps anti-Dengue IgM (infection récente = 5ème au 60ème jour) et IgG (à partir du 7ème jour en cas de dengue primaire, et en même temps en cas de dengue secondaire, pour persister toute la vie). 

Diverses techniques d'amplification génique transcriptase-inverse (RT-PCR) sont disponibles dès le 1er jour de l’infection, mais leur sensibilité est variable. 

Quand faut-il consulter un médecin ?

La dengue sévère est une complication potentiellement mortelle due à une fuite de plasma en dehors des vaisseaux sanguins, une détresse respiratoire, des hémorragies profuses ou une insuffisance cardiaque, hépatique et rénale. 

Pour éviter les complications et, en particulier le syndrome de choc hypovolémique potentiellement mortel, il faut consulter dès que la dengue ne s’améliore pas rapidement, 3 à 7 jours après les premiers symptômes. Parallèlement à une baisse de la température (en dessous de 38°C), il faut s’alerter devant des douleurs du ventre sévères, des vomissements persistants et/ou hémorragiques, une respiration très rapide, des saignements des gencives ou digestifs, de la fatigue, une agitation, une décoloration de la peau avec un pouls rapide et faible, ainsi qu’une baisse de la pression artérielle. 

La mort peut survenir dans les 24 à 48 heures suivant cette phase si un traitement médical adapté, qui peut permettre d’éviter le choc et le risque de décès, n’est pas mis en œuvre rapidement.

Comment éviter d’avoir la dengue ?

Il n’existe pas aujourd’hui de traitement antiviral spécifique pour combattre cette maladie, mais de nombreuses études sont en cours. Les principaux moyens de lutte contre la dengue sont le contrôle des moustiques vecteurs dans les zones endémiques et la protection individuelle contre les piqûres de moustiques tigre.

Depuis quelque temps, un premier vaccin est disponible mais il ne peut pas être utilisé chez les jeunes enfants qui sont pourtant les premiers concernés, à la fois par l’infection et ses complications. 

La prévention reposant sur la « lutte anti-vectorielle », c’est-à-dire la lutte contre les moustiques et les piqûres de moustique, est à la fois individuelle et collective. La particularité est que les moustiques du genre Aedes piquent également dans la journée (surtout le matin et la soir), et pas uniquement la nuit.

A l’échelle individuelle, il s’agit donc de limiter sa propre exposition au moustique infecté, en portant des vêtements longs couvrant le corps au maximum, en appliquant des répulsifs sur les parties exposées, et en mettant régulièrement des insecticides sur les vêtements et les moustiquaires. 

Les répulsifs doivent contenir du DEET (N, N-diéthyl-3-méthylbenzamide), de l'IR3535 (esther éthylique de l'acide 3-[N-acétyl-N-butyl]-aminopropionique) ou de l'icaridine (1-piperidinecarboxylic acid, 2-(2-hydroxyethyl)-1-méthylpropylester). 

Pour les personnes qui dorment pendant la journée, en particulier les jeunes enfants ou les personnes malades ou âgées, les moustiquaires imprégnées d'insecticide assurent une bonne protection. 

Les spirales anti-moustiques ou d'autres vaporisateurs d'insecticides peuvent aussi réduire les piqures à l'intérieur des bâtiments.

Collectivement, une lutte anti-vectorielle à large échelle consiste en des épandages d’insecticides sur instruction des autorités sanitaires et une élimination des gîtes larvaires potentiels, particulièrement autour des habitations (eau stagnante dans les pots de fleur, récipients divers, pneus usagés, déchets encombrants...).

Que penser du vaccin contre la dengue ?

Un premier vaccin contre la dengue, Dengvaxia®, a été mis au point par le laboratoire Sanofi Pasteur et il a été enregistré dans plusieurs pays en vue d’une utilisation chez des personnes de 9 à 45 ans vivant dans des zones d’endémie. 

Il s’agit d’un vaccin vivant dirigé contre les 4 types de virus (« tétravalent ») et recombinant. Il est administré en une série de 3 injections (à T0, 6mois et 12 mois). 

L’efficacité préventive du vaccin est d’environ 60 %, mais même s’il n’évite pas toutes les infections, il réduit bien le risque de formes graves et d’hospitalisation : l’efficacité varie en fonction du sérotype (plus de 70 % contre contre les sérotypes 3 et 4 et entre 40 et 50 % contre les sérotypes 1 et 2). 

Le vaccin semble plus efficace quand le sujet a déjà été exposé à un virus de la dengue avant la vaccination, mais cela est variable en fonction de l’âge et du virus. 

En revanche, la vaccination chez les enfants de moins de 9 ans est moins efficace et ne réduit pas le risque d’hospitalisation pour dengue à ces jeunes âges. Il est même possible chez les jeunes enfants que le vaccin serve de facilitateur immunologique en cas d’infection, ce qui peut aggraver la sévérité de l’infection. C’est pour cette raison que le vaccin est recommandé uniquement chez les enfants de plus de 9 ans alors même que ce sont le plus souvent les jeunes enfants qui développent les formes graves.

L’OMS recommande aux pays d’envisager l’introduction de ce vaccin contre la dengue uniquement dans les zones géographiques où les données de surveillance épidémiologique témoignent d’un grand nombre de formes invalidantes ou sévères. Alors même que le vaccin n’a pas d’autorisation de mise sur le marché en Europe, en France, le Haut Comité pour la Santé Publique (HCSP) a déjà émis son avis pour la Guyane, la Réunion et les Caraïbes : il s’est prononcé en défaveur de son utilisation, compte tenu du fait que 80 % de la population y est déjà infectée, que l’efficacité du vaccin est modérée et que sa tolérance à moyen et long terme n’a pas encore été évaluée.

D’autres vaccins tétravalents vivants atténués sont en cours d’essais cliniques et d’autres types de vaccins (sous-unitaires, à ADN ou préparés à partir du virus inactivé purifié) sont à différents stades de développement clinique.