Huit adolescents sur dix sont physiquement inactifs selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Or, l’organisme rappelle que l’activité physique est bénéfique pour la santé et le bien-être des enfants et des adolescents. Pour faire bouger davantage les jeunes, elle souligne l’importance de politiques de santé publique efficaces. Mais selon une étude, dont les résultats sont publiés dans Journal of Developmental & Behavioral Pediatrics, cela pourrait se jouer dès la petite enfance. Ces travaux démontrent que le mode de vie, actif ou sédentaire, à l’adolescence est déterminé par les habitudes et les comportements à deux ans et demi.
Activité physique ou sédentarité : les habitudes s'ancrent dès la petite enfance
Leurs travaux s’appuient sur les données de santé de près de 1.700 enfants, nés entre 1997 et 1998. "À l’âge de 2 ans et demi, les parents ont indiqué la fréquence de leurs activités de loisirs avec leur enfant, le temps passé quotidiennement par celui-ci devant les écrans (télévision, vidéo, ordinateur et jeux vidéo) et la durée moyenne de son sommeil, siestes comprises", précisent les auteurs, des chercheurs de l’université de Montréal. Lorsque les enfants ont eu 12 ans, les scientifiques les ont interrogés sur leurs habitudes : jeux en plein air, loisirs, etc. Dans l’analyse des réponses, les chercheurs ont écarté certains facteurs susceptibles d’avoir une influence dont le tempérament de l’enfant mais aussi des éléments socio-économiques. "Les résultats sont frappants, observent les chercheurs canadiens. Les jeunes enfants qui jouaient activement avec un parent tous les jours, ou qui passaient moins d'une heure par jour devant un écran, étaient significativement plus actifs physiquement au début de l’adolescence."
Précisément, ils estiment que chaque bonne habitude de mouvement supplémentaire à l'âge de 2 ans et demi était associée à environ cinq minutes de jeu extérieur supplémentaires par jour à l'âge de 12 ans, aussi bien pour les garçons que pour les filles. "Le temps passé ensemble actif entre parents et enfants – jouer, bouger, être physiquement actifs ensemble – semble être le levier le plus puissant pour instaurer des habitudes saines à long terme, estime Kianoush Harandian, directeur de ces travaux. Ces expériences partagées aident les enfants à associer le mouvement au plaisir, à la motivation et à la routine."
Les scientifiques notent toutefois une particularité : l’activité physique des filles. À l’adolescence, elles sont plus vulnérables que les garçons face à la sédentarité. "À 12 ans, seulement 14,9 % des filles de la cohorte étaient considérées comme actives pendant leurs loisirs, contre 24,5 % des garçons", notent-ils.
Activité physique des enfants : quelles sont les recommandations ?
Ce n’est pas la première étude à s'intéresser aux liens entre la petite enfance et la sédentarité plus tard dans la vie, mais peu de travaux ont suivi à long terme les participants. "Ce qui distingue cette recherche, c'est la solidité de son argumentation : une cohorte représentative de la population, un suivi de plus de dix ans, des contrôles rigoureux des facteurs individuels et familiaux, et une analyse spécifique au sexe, notent les auteurs. Ensemble, ces éléments permettent, pour la première fois, d'affirmer avec certitude que les habitudes de mouvement acquises à l'âge de 2 ans et demi ont des répercussions mesurables dix ans plus tard."
Pour ces experts, il est nécessaire de renforcer davantage la communication sur les recommandations de l’OMS : les enfants de moins de 5 ans doivent pratiquer au moins 180 minutes d'activité physique par jour, ne pas passer plus d'une heure de temps assis devant un écran et dormir entre 11 à 14 heures.


