ACCUEIL > FÉMININ SANTÉ > Grossesse et sexualité : les craintes des femmes passées au crible

Etude menée à Taïwan

Grossesse et sexualité : les craintes des femmes passées au crible

Par Audrey Vaugrente

Inconfort, crainte de blesser le bébé, pratiques sexuelles variées... Une étude dresse le portrait de la vie sexuelle des femmes enceintes, à Taïwan.

SOUTEYRAT JEREMIE/SIPA
MOTS-CLÉS :

Par peur de faire du mal au bébé, nombreuses sont les femmes qui interrompent leur sexualité pendant leur grossesse. Mais qu'en est-il dans les autres cultures ? Une étude menée à Taiwan sur 62 femmes enceintes est parue dans l'édition de décembre 2013 de Sexual Medicine. Elle passe en revue les comportements sexuels des couples taiwanais après l'annonce d'une grossesse.

 

Mettre sa sexualité en pause

La médecine chinoise, note cette étude, prône l'abstinence en cas de grossesse. « Les restrictions au cours de la grossesse ont pour but de protéger l'enfant des "influences malignes" et d'éviter les complications associées à la grossesse, » écrivent les auteurs. Ils citent même un extrait de la Bible sur les femmes de Xiau (1689) : « Si une femme est enceinte, son homme n'est pas autorisé à avoir un rapport sexuel avec elle. »

 

Pour vérifier si ces principes traditionnels sont appliqués, les chercheurs de l'université de Science et de Technologie de Taiwan ont questionné des femmes enceintes sur leurs habitudes sexuelles. Au cours des 1e et 2e trimestres, peu de changements ont été signalés. Elles sont cependant une moitié à interrompre leur sexualité pendant les trois premiers mois de leur grossesse. La fréquence des rapports chute fortement au 3e trimestre, ainsi que le désir et la satisfaction sexuelle. Seuls 9% des femmes interrogées ont maintenu une activité égale tout au long des 9 mois de gestation.

 

D'autres pratiques sexuelles

Parmi les femmes qui ont mis en pause leur sexualité, la plupart l'ont choisi d'elles-mêmes (65%). Le conjoint est le second à participer à cette décision, en accord avec la femme (15%) ou à l'origine de celle-ci (13%). Les auteurs de l'étude pointent un grave problème d'éducation sexuelle. L'immense majorité des parturientes tirent leurs informations d'Internet (38%) et de jeunes mères (42%). Immédiatement après viennent les livres et les manuels de grossesse. « Ces résultats poussent à prodiguer aux jeunes mariés une éducation sexuelle et des discussions autour des questions sur le sexe pendant la grossesse, » affirment les auteurs de l'étude.

 

La majorité des femmes enceintes tiennent à conserver une relation intime avec leur conjoint. Certaines choisissent de conserver des pratiques habituelles mais signalent pratiquer une pénétration moins profonde ou avoir des rapports plus doux. Elles sont également nombreuses à se tourner vers d'autres pratiques sexuelles, en excluant d'emblée le sexe vaginal. La majorité de ces femmes recourent au sexe manuel (massages, masturbation). Seule une minorité (3%) se tournent vers le sexe anal. La troisième pratique la plus répandue est la masturbation solitaire du conjoint.

 

Craintes et inconfort

Mais relation sexuelle pendant la grossesse n'est pas synonyme de confort, souligne cette étude. Les femmes enceintes interrogées indiquent plusieurs inconvénients aux rapports. En première position vient la fatigue (35%), suivie des contractions utérines (29%) et de l'inconfort physique (8%). Autres raisons pour lesquelles elles préfèrent interrompre leur activité sexuelle : la peur de faire du mal au bébé ou de déclencher un accouchement prématuré.

 

Les auteurs de l'étude rappellent toutefois ses limites. Elle n'a été menée qu'au sein d'une population de culture chinoise, où l'abstinence domine. En aucun cas ces résultats ne peuvent être généralisés à la population mondiale. Par ailleurs, comme le rappelle la conclusion du rapport, « la médecine chinoise est généralement pratiquée de différentes manières en Chine, à Hong-Kong et à Taiwan. »