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Santé sexuelle

Accouchement: l'épisiotomie laisse des séquelles psychologiques

Par Suzanne Tellier

Les femmes qui subissent une incision du périnée avant l’accouchement seraient plus à risque de développer une mauvaise estime de leur corps.

prometeus/epictura
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L’épisiotomie n’est pas anodine sur la psyché des femmes qui la subissent. Cet acte chirurgical qui consiste à inciser le périnée au moment de l’accouchement laisserait en effet des séquelles psychologiques, selon une étude publiée dans la revue International Journal of Women’s Health.
Les travaux montrent qu’après une épisiotomie, les femmes sont plus susceptibles de développer une mauvaise image de leur corps et une vie sexuelle moins satisfaisante que celles qui accouchent sans épisiotomie et dont le périnée se déchire et se répare naturellement.

Ces travaux de l’Université du Michigan suggèrent que l’épisiotomie, courante depuis les années 1980, ne donne pas lieu à une reconstruction du périnée plus esthétique que lorsque l’organe se déchire et se reconstruit seul, sans intervention chirurgicale, contrairement aux idées reçues.

Changements dans la zone génitale  

Déjà, la littérature a montré que l’épisiotomie n’apportait pas de bénéfices sanitaire. Toutefois, ces travaux se penchent sur une donnée moins investiguée par la science : la perception des femmes sur l’attrait visuel et esthétique supposément lié à cette intervention.

Les travaux se sont fondés sur le vécu de 69 femmes, interrogées sur leur estime sexuelle et sur la perception de leur corps et de leur sexe. L’objectif était de comprendre si les changements opérés dans l’aire génitale avaient un impact sur leur estime sexuelle.

Sur l’ensemble des femmes interrogées, 84 % ont décrit des modifications au niveau vaginal et anal après la naissance. Si la plupart des femmes n’avaient pas pour autant une mauvaise estime de leur sexualité et de leur corps, celles qui déclaraient avoir développé cette image négative avaient subi une épisiotomie.

Incision et points de suture 

Selon les auteurs, la présence d’une incision chirurgicale et de points de suture pourrait attirer l’attention des femmes sur la zone vaginale et anale, d’où le développement d’une image négative liée à ces régions et d’une souffrance accrue au moment de la cicatrisation. Cette piste pourrait expliquer les résultats.  

Aux Etats-Unis, environ 12 % des femmes enceintes subissent une épisiotomie, avec de grandes variations dans les pratiques selon les hôpitaux et les professionnels de santé. « Ce qui nous inquiète, c’est le fait que nous exportons ces pratiques dans les pays en développement, où le taux d’épisiotomie est très élevé, notamment chez les femmes qui accouchent pour la première fois », écrivent les auteurs.

En France, le taux d’épisiotomie commence à baisser, après avoir été particulièrement élevé. En 2010, selon l’Enquête nationale périnatale, 44 % des femmes accouchant pour la première fois ont subi une épisiotomie, contre 71 % en 1998. Pour les accouchements suivants, ce taux descend à 14 % contre 36 % il y a vingt ans.