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Programme Prado

Sortie précoce de la maternité: pour une surveillance plus rapprochée

Après avoir accouché, 38% des femmes préfèreraient rentrer plus tôt chez elles. Pour le permettre, la sécurité sociale propose un programme de suivi à domicile par une sage-femme. Insuffisant, répondent les médecins.

Sortie précoce de la maternité: pour une surveillance plus rapprochée

  • Publié 16.11.2012 à 11h21
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D’ici la fin de l’année, le Prado, pour Programme d’accompagnement du retour à domicile, sera mis en place sur l’ensemble du territoire français. Son objectif est de proposer aux mamans qui viennent d’accoucher - sans complication, d’un enfant unique - de quitter la maternité quand l’équipe médicale l’a décidé, tout en bénéficiant d’un suivi à domicile de deux visites minimum assuré par une sage-femme libérale de leur choix. Depuis son lancement en 2010, le programme mis en place par la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) a été étendu à 82 départements et concerne aujourd’hui environ 30% des accouchements.

 

Faire bénéficier les jeunes mamans d’un suivi au domicile après l’accouchement permet une sortie plus précoce de la maternité, c’est à dire avant la durée moyenne de séjour à l’hôpital. En France en 2010, cette durée moyenne pour un accouchement normal est de 4,3 jours, tandis qu’elle descend à 3,2 pour les autres pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). D’après une enquête réalisée par le Ciane (Collectif interassociatif autour de la naissance) ce mois-ci, 38% des femmes préfèreraient rentrer plus tôt chez elles. Or, une sortie précoce n’est pas un acte anodin. En premier lieu, la décision ne devrait pas être imposée à la jeune maman, d’après le Pr Francis Puech.


Ecoutez le Pr Francis Puech, président du Collège national des gynécologues-obstétriciens français : « Le raccourcissement de la durée de séjour doit être variable et au libre choix des femmes, or c’est actuellement plutôt une mesure contrainte qu’une mesure choisie ».

 

Dans un second temps, le retour au domicile doit être encadré, comme le prévoit le programme Prado. « Il y a un besoin évident de suivi au domicile après l’accouchement », constate le Pr Brigitte Chabrol, pédiatre. Selon l’enquête du Ciane toujours, une femme sur six qui accouchait de son premier enfant, et une femme césarisée sur quatre, disent « s’être senties désemparées ou angoissées dans les premiers jours à la maison. »

 


Ecoutez le Pr Brigitte Chabrol, présidente de la Société française de pédiatrie : « Les sorties précoces de maternité posent un certain nombre de problèmes, en particulier la surveillance du nouveau-né. »

 

La Cnam a évalué l’expérimentation du Prado sur des indices de satisfaction des patientes. Menée huit jours après la prise en charge, l’enquête a révélé que 90% des mères sont "tout à fait  satisfaites" du dispositif et 99% "satisfaites". De bons résultats, mais qui n’empêchent pas les professionnels de santé impliqués en périnatalité de pointer, par exemple, la nécessité d’une évaluation médicale des résultats.

 

La Société française de médecine périnatale, le Collège des gynécologues-obstétriciens français, la Société française de pédiatrie et la Société française de néonatologie ont ainsi exposé dans un communiqué de presse leurs réserves sur le sujet. Pour eux, la façon dont le Prado est construit laisse augurer d’une visée plus économique que dirigée vers la santé, permettant à l’assurance maladie de réaliser des économies en diminuant le nombre de jours d’hospitalisation. Notamment, le suivi qui est effectué uniquement par les sages-femmes n’est pas jugé suffisant : il devrait être « pluri-disciplinaire », affirme le Dr Brigitte Chabrol. « Il y a des pathologies propres aux tout-petits qui vont se révéler dans les premières semaines de vie. Par exemple, un enfant qui ne grossit pas bien, c’est peut-être parce qu’il ne tète pas assez, mais cela peut aussi être une cardiopathie congénitale », explique-t-elle.

 

Enfin, pour les professionnels de santé signataires du communiqué, le suivi à domicile ne devrait pas concerner uniquement les femmes dont les accouchements ont été sans complications, mais aussi « celles qui en ont le plus besoin : césariennes, grossesses gémellaires et multiples, femmes en situation de précarité, problèmes d’allaitement… ». La question de savoir si la France compte, entre autres, suffisamment de sages-femmes pourrait alors se poser : elles sont actuellement environ 24 000 pour plus de 820 000 naissances par an. A titre d’exemple, elles sont plus de 35 000 (chiffres du Nursing&midwifery Council) en Angleterre pour un nombre de naissances comparable, avec une durée de séjour moyenne de 1 jour et demi !

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