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Médicaments et vaccins expérimentaux

Ebola : l'OMS envisage le recours aux traitements à l'essai

Par Audrey Vaugrente

Un traitement contre Ebola est testé sur deux Américains. Trois spécialistes ont appelé à l'OMS à agir pour élargir sa disponibilité aux malades africains. Un débat éthique sera ouvert en début de semaine prochaine.

Marie-Paule Kieny, Sous-directeur général de l'OMS (SALVATORE DI NOLFI/AP/SIPA)

Le rapatriement sanitaire de deux Américains et d'un Espagnol a soulevé l’espoir d’un traitement miracle contre le virus Ebola. Trois spécialistes internationaux du virus ont appelé à ouvrir les traitements expérimentaux aux populations d'Afrique de l'Ouest. Peter Piot, qui a découvert le virus, David Heymann et Jeremy Farrar exhortent l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à prendre ses responsabilités dans le Wall Street Journal. Message reçu : l'agence sanitaire de l'ONU annonce qu'elle va rencontrer « un panel d'éthiciens médicaux ».

 

« Une situation inhabituelle »

A ce jour, aucun traitement approuvé ne permet de traiter la fièvre hémorragique virale causée par le virus Ebola. Mais plusieurs approches sont testées. L'une d'entre elles, un sérum mis au point par la société américaine Mapp, a même été administrée aux deux patients américains rapatriés au Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC) d'Atlanta (Géorgie, Etats-Unis). L'ensemble des patients touchés par le virus devraient bénéficier des mêmes options, ont déploré Peter Piot, David Heymann et Jeremy Farrar. « Les gouvernements africains devraient être autorisés à prendre des décisions informées concernant l’usage ou non de ces produits – par exemple pour protéger et traiter les travailleurs de santé qui courent des risques d’infection particulièrement élevés. » Ils ont alors appelé l’OMS, « seul organe avec l’autorité internationale nécessaire » à « endosser ce rôle ».

 

L'OMS a bien compris le message, et y répond dans un bref communiqué. Elle y annonce la rencontre avec plusieurs éthiciens médicaux. L'objectif : déterminer s'il est possible d'offrir aux patients africains des traitements encore expérimentaux. « Avec cette épidémie, nous faisons face à une situation inhabituelle », rappelle le Dr Marie-Paule Kieny, Sous-directeur général de l'OMS. « Nous devons consulter des éthiciens médicaux, qui nous donnerons des pistes sur les mesures responsables à prendre. »

 

La prudence est de mise

L'OMS est en effet face à un dilemme. D'une part, il existe un traitement expérimental relativement efficace, qui devrait être disponible pour tous les malades. D'autre part, le sérum n'a été testé que sur deux personnes. « Idéalement, l'évaluation d'un nouveau traitement tient compte d'une série d'essais cliniques chez l'homme, en commençant par de petits groupes pour s'assurer que le médicament est sûr. Puis, les études sont étendues à de plus larges groupes pour voir s'ils sont efficaces, et comment ils peuvent être utilisés de manière optimale », rappelle l'OMS dans un communiqué. L'agence de l'ONU souligne aussi le principe directeur en médecine : ne pas nuire.

 

Le directeur de l’Institut américain des allergies et des maladies infectieuses (NIAID), le Dr Anthony Fauci, fait aussi preuve de prudence. « Nous ne pouvons pas dire à ce stade que ce traitement est prometteur », a-t-il signalé à l’AFP. L’Institut a décidé de rester dans les clous, et a accéléré les recherches autour d’un vaccin qui s’est avéré efficace chez les primates. Des essais cliniques sur des volontaires en bonne santé démarreront dès septembre. Et s’il ne souhaite pas les pratiquer sur des malades, c’est là aussi par respect de l’éthique : seule une fraction des patients bénéficieraient de ce traitement salvateur, ce qui ne serait pas correct selon lui.