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Hospitalisation d'un émir : les riches malades, un marché florissant

L'hospitalisation d'un émir dans un établissement parisien, avec privatisation de 9 chambres, fait grand bruit. L'accueil de riches patients étrangers se développe pourtant depuis des années en France. 

Hospitalisation d'un émir : les riches malades, un marché florissant

  • Publié 18.05.2014 à 17h26
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A travers le monde, il existerait 3 millions de « touristes médicaux » selon le cabinet de conseil KPMG. Depuis quelques années, la France est devenue une destination extrêmement attractive pour ses hôpitaux de qualité et ses médecins de renom. Le dernier exemple en date est celui de cet émir qui a privatisé neuf chambres de l’Hôpital Ambroise Paré à Boulogne-Billancourt. Une pratique qui choque mais qui, pourtant, représente une manne financière conséquente. L’AP-HP devrait dégager une marge de 8 millions d’euros pour l’année 2014 uniquement par l’intermédiaire de ses richissimes patients. Mais que représente le tourisme médical en France.

Pas seulement des patients venus du Moyen Orient

En 2011, 60 161 séjours ont été effectués dans des hôpitaux publics par des ressortissants étrangers selon le journal Le Point. Contrairement, à ce que l’on pensait, les riches patients des Etats de la péninsule arabique ne sont pas la majorité des patients à venir se faire soigner en France. Le tourisme médical est d'abord un phénomène frontalier. 55% des patients viennent de l’Union Européenne, et plus particulièrement nos voisins belges. En 2011, 6186 séjours ont effectués par des ressortissants de la couronne belge. Ils vont fréquemment se faire hospitaliser au Centre de lutte contre le cancer d’Oscar-Lambret de Lille. Après les habitants des pays limitrophes à la France, ce sont l’Algérie, le Maroc, la Roumanie et le Koweït qui fournissent les plus gros contingents de patients.

Les hôpitaux proches des frontières et se trouvant dans des zones très touristiques voient un afflux assez important de patients étrangers. Dans certains hôpitaux dans les Alpes ou sur la Côte d’Azur, le staff médical a du apprendre au moins deux langues pour faire face à la demande. Mais, il faut le rappeler dans ces zones touristiques, beaucoup des arrivées de patients étrangers se font aux urgences (35,3% des cas). Bien sûr, tous ces patients n'ont pas droit à un traitement de faveur, ni à un tarif des soins majoré.

L’Institut Gustave Roussy, la coqueluche des patients étrangers

Situé dans le Val-de-Marne, l'Institut Gustave Roussy est l'établissement anti-cancéreux privé qui représente l’excellence du système de santé français. En 2011, l’IGR a réussi à attirer plus de 864 patients, principalement des ressortissants koweïtiens. Comme l’AP-HP, cet hôpital attire grâce à l’excellence de ses soins mais aussi grâce à un système mis en place, il y a quelques années. L’IGR a crée une cellule internationale qui trie tous les demandes faites auprès de ses services par des patients étrangers.

Pour une qualité des soins réputée dans le monde entier, ces patients sont prêts à payer très cher. Au vu des lois, le prix de toutes opérations doit être majoré de 30% par rapport au prix de la Sécurité Sociale. Même si les prix seront bien plus élevés que pour un patient français, ils restent parfaitement raisonnables contrairement aux prix pratiqués aux Etats-Unis.

En 2012, l’IGR a engrangé 13 millions d’euros grâce aux patients étrangers. L’AP-HP prévoit de remporter 8 millions d’euros pour l’année 2014, selon son directeur général, Martin Hirsch. Si les patients étrangers rapportent beaucoup d’argent aux hôpitaux, le tourisme médical fait tout de même craindre des dérives.

L’appât du gain, un risque pour les hôpitaux français ?

Après les révélations du Canard Enchainé concernant la privatisation d’un étage de l’hôpital Ambroise Paré par un émir la semaine dernière, les syndicats ont vivement réagi. « C'est choquant, même s'il a payé ! Mettre à disposition un étage et permettre à une personne d'effectuer des travaux parce qu'elle est riche, ce n'est pas l'image de l'assistance publique. C'est considérer uniquement l'aspect mercantile », a déploré le secrétaire général Sud de l'AP-HP, Jean-Marc Devauchelle, dans un entretien accordé à l'AFP. Après le début de polémique, Martin Hirsch a justifié dans une interview au Journal du Dimanche la prise en charge de richissimes patients avec des demandes particulières. Il « assume » prendre de l’argent à ces patients. « J’assume ce côté Robin des Bois : à un moment où nous avons besoin de tous les moyens pour soigner les plus modestes, où nous devons maîtriser nos dépenses tout en innovant, gagner de l’argent sur ces patients qui en ont les moyens, cela ne me choque pas » déclare-t-il au JDD. Pour lui, il représente de fortes sommes d’argent qui pourront aider à rembourser les dettes de l’AP-HP.

Par ailleurs, à ceux qui se demandaient si la présence de l'émie avait nécessité qu’un plus grand nombre d’infirmières et de médecins soit mis à sa disposition, Martin Hirsch a affirmé que non et que « cela n’a pas été fait au détriment de malades français ».

En 2012, l’annonce d’un partenariat entre l’AP-HP et la société GlobeMed qui devait permettre d'organiser la venue de riches patients étrangers, avait révolté les syndicats. À l’époque, la CGT de l’AP-HP avait violement dénoncé cet accord. Pour eux, « l’argumentation avancée est particulièrement choquante et relève du plus pur marketing des entreprises de services. » Ils dénonçaient « la mise en place de cette filière particulière qui s’ajoute au scandale de l’activité privée permettant aux patients pouvant payer, de bénéficier de consultations et d’hospitalisations dans des conditions privilégiés ». Martin Hirsch a récemment mis fin à ce partenariat mais pas sous la pression des syndicats. « Cette société ne nous a finalement pas envoyé de malades, » a-t-il expliqué.

Quoiqu’il en soit, grâce à l’excellence de ces hôpitaux et de ces praticiens, le tourisme médical à la française a de beaux jours devant lui.

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