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Paralysie des membres inférieurs

Deux nouveaux espoirs pour réparer la moelle épinière

Par Afsané Sabouhi

Pour permettre aux fibres nerveuses endommagées de croître à nouveau, la reprogrammation chimique et la thérapie génique sont deux pistes prometteuses à l’étude.

SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA

Réparer les nerfs endommagés et rendre leur mobilité et leur sensibilité aux membres inférieurs. Deux études réalisées chez des souris et publiées aujourd’hui rendent cet objectif un peu plus accessible pour toutes les personnes blessées à la colonne vertébrale.

 

Une thérapie génique contre la cicatrice

Dans la première étude, parue dans le Journal of Neuroscience, les chercheurs du King’s College de Londres ont eu recours à une thérapie génique pour permettre aux fibres nerveuses endommagées de reprendre leur croissance. Lorsque la moelle épinière est abimée, l’organisme fabrique du tissu cicatriciel à l’endroit de la lésion. Or ce tissu empêche les fibres nerveuses de repousser. De précédents travaux avaient permis d’identifier une enzyme, la chondroïtinase ABC (ChABC), capable de digérer ce tissu cicatriciel. Mais son action était de courte durée et il fallait répéter l’injection douloureuse de cette enzyme dans la moelle épinière. L’équipe londonienne a donc utilisé la thérapie génique pour injecter en une seule fois un gène médicament permettant aux cellules de la moelle épinière de produire de la chondroïtinase ABC en grande quantité.

Au bout de 12 semaines, les souris traitées avaient retrouvé une activité motrice des membres inférieurs et par rapport aux animaux non traités, beaucoup plus de cellules et de fibres nerveuses avaient survécu autour et à travers la cicatrice sur la moelle épinière. Autre résultat positif, les chercheurs ont constaté que la thérapie génique limitait également la réaction inflammatoire autour de la lésion de la moelle épinière et favorisait au contraire la réparation des tissus. « La possibilité de traiter de larges zones de la moelle épinière sur de longues durées chez l’animal est une étape importante avant d’atteindre la moelle épinière humaine qui est plus longue, pour une future translation de cette thérapie à la clinique », s’est félicitée le Pr Elizabeth Bradbury, l’une des auteurs de cette étude.

 

Réactiver la croissance nerveuse depuis le système nerveux central

La deuxième piste prometteuse est publiée dans la revue Nature Communications et ne cible pas directement une zone endommagée de la moelle épinière. Ces chercheurs allemands et britanniques visent le système nerveux central capable de redéclencher la croissance des fibres nerveuses endommagées. Ils ont identifié une protéine PCAF, essentielle pour toute une série d’événements chimiques et génétiques permettant la régénération nerveuse. Pour l’instant les chercheurs ont observé que l’injection de PCAF chez des souris permettait d’augmenter le nombre de fibres nerveuses reprenant leur croissance. L’étape suivante sera de confirmer que cette régénération nerveuse se traduit bien pour la souris en récupération de capacités motrices. A terme, « l’objectif ultime est de développer une méthode pharmaceutique pour déclencher la croissance et la réparation des nerfs », explique le Pr Simone Di Giovanni, chercheur à l’Imperial College de Londres et premier auteur de cette étude.

Cette piste thérapeutique ciblant un mécanisme du système nerveux central pourrait non seulement bénéficier aux lésions mécaniques de la moelle épinières mais aussi à certaines formes d’accidents vasculaires cérébraux et de traumatismes crâniens entrainant des paralysies jusqu’ici irréversibles.