- Une étude met en évidence une association entre la prise de gabapentine et un risque accru de démence ou de troubles cognitifs.
- Le risque apparaît plus marqué chez les adultes de moins de 65 ans.
- L’étude ne permet toutefois pas d'affirmer que la gabapentine est directement responsable de ces troubles.
La gabapentine est largement prescrite pour soulager les douleurs chroniques, notamment les douleurs neuropathiques et certaines lombalgies. Considérée moins addictive que les opioïdes, elle s'est imposée comme une alternative thérapeutique sûre. Mais une nouvelle étude américaine, publiée dans la revue Regional Anesthesia & Pain Medicine, suggère qu'une utilisation répétée pourrait être associée à un risque accru de déclin cognitif.
Troubles cognitifs : un risque très marqué avant 65 ans
Dans le cadre de leurs travaux, les chercheurs ont exploité les données du réseau de recherche TriNetX, qui rassemble les dossiers médicaux anonymisés de 68 établissements de santé américains. Ils ont comparé 26.414 adultes ayant reçu au moins six prescriptions de gabapentine pour des lombalgies chroniques à 26.414 patients comparables n'ayant pas reçu ce traitement, entre 2004 et 2024.
Après avoir pris en compte différents facteurs, notamment l'âge, les maladies associées et l'utilisation d'autres antalgiques, les résultats montrent que les patients ayant reçu au moins six prescriptions présentaient un risque de diagnostic de démence supérieur de 29 % et un risque de troubles cognitifs légers supérieur de 85 % dans les dix années suivant leur diagnostic de lombalgie, peut-on lire dans un communiqué.
Curieusement, l'analyse révèle aussi que cette association est plus importante chez les adultes âgés de 18 à 64 ans, une tranche d'âge habituellement moins concernée par ces pathologies. Chez les patients de 35 à 49 ans traités par gabapentine, le risque de démence était plus que doublé et celui de troubles cognitifs légers était plus que triplé. Une tendance similaire a été observée chez les 50-64 ans. Enfin, les chercheurs ont constaté un effet lié à la fréquence des prescriptions : les personnes ayant reçu au moins 12 prescriptions présentaient un risque de démence supérieur de 40 % par rapport à celles ayant reçu entre trois et onze prescriptions.
Mieux surveiller les patients traités par gabapentine
Les auteurs rappellent toutefois que leur travail est une étude observationnelle rétrospective. Elle ne permet donc pas d'affirmer que la gabapentine est directement responsable de ces troubles. De plus, ils n'ont pas pu prendre en compte la dose exacte ni la durée du traitement.
Les chercheurs estiment néanmoins que "ces résultats indiquent une association entre la prescription de gabapentine et la survenue d'une démence ou de troubles cognitifs dans les dix années suivantes". Et jugent aujourd’hui "nécessaire d'assurer une surveillance étroite des patients adultes traités par gabapentine afin de détecter un éventuel déclin cognitif".



