- Pourquoi docteur : En cette période de canicule, le soleil tape fort. La peau donc est mise à rude épreuve. Pour certaines personnes, quelques minutes d'exposition suffisent à déclencher une allergie. Est-ce une réaction au soleil fréquente ?
Dr Juliette Caron : L’allergie au soleil, aussi appelé lucite, est loin d’être un phénomène rare. Chaque été, c’est un motif de consultation fréquent en dermatologie. En allergologie, les patients se plaignent souvent de souffrir de démangeaisons après s’être exposé au soleil.
- Qu’est-ce que la lucite exactement ?
La lucite dite polymorphe correspond à une intolérance au soleil, principalement aux UVA. Contrairement aux UVB, (moins nombreux mais plus énergétiques) qui sont à l’origine des coups de soleil, les UVA, associés au vieillissement prématuré cutané, pénètrent profondément dans la peau et sont responsables des allergies.
- Comment se manifeste une allergie au soleil ?
Chez les patients allergiques, une réaction cutanée va survenir quelques heures ou jours après l’exposition au soleil, même si celle-ci est modérée. Les personnes touchées vont présenter des papules, à savoir des boutons en relief rouges ou roses, qui s’accompagnent de gonflements et de démangeaisons. Cette éruption est localisée au niveau des membres supérieurs, comme le visage et le décolleté.
Allergie au soleil : "Un terrain familial" peut être "suspecté mais pas avéré"
- Quels patients sont généralement concernés par la lucite ?
Tout le monde peut être touché. Il n’y a pas de prédisposition particulière. Cependant, en consultation, certains patients confient que leurs enfants sont, tout comme eux, intolérants au soleil. Un terrain familial est donc suspecté mais pas avéré.
- Existe-t-il d’autres causes de réactions solaires que la lucite ?
Les symptômes de la lucite peuvent faire penser à la photodermatose printanière juvénile qui touche les enfants. Cette affection, habituellement provoquée par une exposition solaire par temps froid, par exemple au ski, se caractérise par des lésions vésiculeuses (petites cloques remplies d’un liquide clair), bulleuses (bulles de plus de 5 mm remplies de liquide) et croûteuses (croûtes) au niveau des oreilles, du nez et des joues.
En allergologie, on observe également des réactions au soleil causées par l’utilisation de médicaments photosensibilisants. En général, les personnes touchées ont recours à des traitements topiques, comme les gels contenant du kétoprofène utilisés dans le traitement des tendinites, des douleurs de dos, de l’arthrose ou des traumatismes bénins tels que des entorses. Les substances contenues dans certains anti-inflammatoires non-stéroïdiens, antibiotiques et médicaments contre le cholestérol peuvent aussi devenir photoallergisantes en cas d’exposition aux UV.
Dans d’autres cas, certains patients ayant déjà des problèmes de peau jardinent sans gants et entrent en contact avec des végétaux contenant des substances photosensibilisantes. Après avoir exposé leurs mains au soleil, ils souffrent d’éruption cutanée et d’hyperpigmentation (taches brunes). Certaines pathologies auto-immunes, comme le lupus, peuvent également favoriser des réactions solaires.
Réaction cutanée au soleil : une hospitalisation en cas d'atteinte diffuse
- Face à des démangeaisons ou des plaques qui apparaissent après une exposition au soleil, comment savoir s’il s’agit bien d’une allergie au soleil ?
Des photopatch-tests sont réalisés par un dermatologue ou un allergologue pour rechercher une allergie de contact déclenchée ou aggravée par la lumière, surtout les UV. En pratique, de petites quantités de substances allergènes (certains filtres solaires, parfums, médicaments appliqués sur la peau ou produits cosmétiques) sont placées sur le dos avec des patchs. Après un certain temps, une partie de la zone testée est exposée à une dose contrôlée d’UV. Ensuite, le spécialiste compare les réactions de la peau avec et sans exposition à la lumière.
- Quels sont traitements prescrits en cas de réaction solaire ?
Chez les personnes atteintes de lucite, l’éruption disparaît généralement en quelques jours à quelques semaines. En cas de photosensibilité médicamenteuse et phytophotodermatose (réaction cutanée provoquée par le contact avec certaines plantes), des antihistaminiques et des corticoïdes sont prescrits. Si des soins importants sont nécessaires en raison d’une atteinte diffuse, les patients doivent être hospitalisés et surveillés de près.
"Se tourner vers des écrans solaires minéraux"
- Comment prévenir la lucite ?
Pour éviter toute réaction cutanée, il est conseillé de s’exposer le moins possible de façon prolongée au soleil. Il faut privilégier une exposition progressive en commençant par des périodes courtes, puis de plus en plus longues, dès les premiers rayons printaniers. Les patients doivent toujours utiliser une protection solaire et renouveler régulièrement son application. Si certains sont allergiques aux écrans solaires chimiques, il convient de se tourner vers des écrans solaires minéraux.


