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PFAS

«Polluants éternels» : une plainte qui pourrait tout changer

Une ONG a déposé une plainte contre la Belgique, accusant les autorités de ce pays de ne pas avoir suffisamment protégé la population contre les PFAS, ces "polluants éternels" qui s’accumulent dans l’environnement et menacent notre santé.

\ robert brown / istock




L'ESSENTIEL
  • Une ONG accuse la Belgique de ne pas avoir suffisamment protégé sa population contre les PFAS.
  • Ces substances sont associées à plusieurs maladies et persistent durant des décennies dans l'environnement.
  • La plainte pourrait faire évoluer la réglementation européenne sur les "polluants éternels".

Les "polluants éternels" sont de nouveau au cœur de l'actualité. Une plainte déposée contre la Belgique devant le Comité européen des droits sociaux (ECSR) accuse les autorités de ne pas avoir suffisamment protégé leurs citoyens face aux risques liés aux PFAS, ou composés per- et polyfluoroalkylés. Ces substances chimiques, utilisées depuis des décennies dans de nombreux produits du quotidien pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes ou résistantes à la chaleur, sont extrêmement persistantes dans l'environnement. Avec le temps, elles s’accumulent dans l’air, les sols, les eaux, l’alimentation et jusque dans le corps humain, avec des effets délétères pour la santé.

Une plainte inédite contre les autorités belges

Comme le rapporte Euronews Earth, l'ONG ClientEarth a saisi l’ECSR, estimant que la Belgique a manqué à son obligation de protéger sa population contre les PFAS. "Non seulement la contamination dure depuis longtemps, mais nous avons constaté que les autorités disposent d'informations sur cette pollution depuis des années, voire des décennies, et que très peu de choses ont été faites", affirme Hélène Duguy, avocate spécialisée en droit de l'environnement chez ClientEarth, interrogée par Euronews Earth.

L'ONG s'appuie notamment sur le cas de Zwijndrecht, près d'Anvers, où la contamination liée à l'usine 3M était, selon les plaignants, connue des autorités avant le scandale révélé en 2021. Le Forever Pollution Project classe d'ailleurs la Belgique parmi les pays européens les plus touchés par les PFAS.

Des effets sur la santé de mieux en mieux documentés

Les PFAS regroupent plus de 10.000 substances chimiques de synthèse. En 2023, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé l'acide perfluorooctanoïque (APFO) comme cancérogène pour l'être humain et le PFOS comme possiblement cancérogène. Mais les risques ne s'arrêtent pas au cancer : "Ces composés sont liés à diverses maladies métaboliques comme le diabète, à une baisse de la fertilité ou encore à l'obésité", explique Philippe Grandjean, professeur à l'Institut national de la santé publique de Copenhague (Danemark). Le spécialiste souligne également que ces substances peuvent affecter les générations futures. "Les PFAS vont affecter la santé du sperme du père [...] Ils franchissent également le placenta [...] Enfin, ils sont excrétés dans le lait maternel."

PFAS : une dépollution qui s’annonce laborieuse

Pour ClientEarth, les PFAS relèvent désormais des droits fondamentaux. L'ONG demande à la Belgique d'interdire ces substances, de renforcer la biosurveillance, notamment chez les enfants et les femmes enceintes, et d'accélérer la dépollution des zones contaminées. L’ECSR doit d'abord se prononcer sur la recevabilité de la plainte d’ici à 2027, avant une décision finale deux à trois ans plus tard.

D’autres actions en justice liées à la pollution aux PFAS sont également en cours dans plusieurs pays européens. En mai 2026, des associations écologistes et des riverains ont notamment engagé une procédure contre la France, accusée de ne pas agir suffisamment face à cette contamination. Une décision est attendue en 2027.

Mais la tâche s'annonce ardue. Selon une récente étude publiée dans la revue Environmental Science: Processes & Impacts, même un investissement de 100 milliards d'euros par an en Europe ne permettrait d'éliminer qu'une infime partie des "polluants éternels" dans l'environnement.

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