- Pendant l’épisode de canicule, l’AP-HP a enregistré environ 50 % d’appels en plus au SAMU, 50 % d’arrivées en plus aux urgences et 50 % d’hospitalisations supplémentaires en sortie d’urgence.
- Des chambres d’hôpital ont atteint 35 à 37 degrés, rendant les conditions difficiles pour les patients et les soignants.
- Les personnes âgées seules à domicile restent particulièrement vulnérables.
L’hôpital parisien a-t-il tenu pendant la canicule ? Pour Nicolas Revel, directeur général de l’AP-HP, la réponse est oui. Mais ce “oui” mérite d’être entendu avec prudence. Car derrière la résistance du système, il y a une mobilisation exceptionnelle des équipes, des urgences très sollicitées, des SAMU sous pression, des hospitalisations supplémentaires et des soignants épuisés.
Dans l’interview exclusive accordée à "La Santé en Questions", Nicolas Revel parle d’un “vrai choc sanitaire”. L’AP-HP a dû faire face à 50 % d’appels supplémentaires au SAMU, 50 % d’arrivées en plus aux urgences et 50 % d’hospitalisations supplémentaires après passage aux urgences.
Eviter les pertes de chance
Pour répondre, l’hôpital a renforcé ses équipes et anticipé l’arrivée des patients. Les services d’urgence, les SAMU et les SMUR ont été mobilisés rapidement. Des hospitalisations et interventions non urgentes ont été déprogrammées afin de libérer des lits. Selon Nicolas Revel, ces déprogrammations se font dans un dialogue médical, en veillant à ne pas créer de perte de chance pour les patients concernés.
Mais la canicule a aussi révélé un problème très concret : la température à l’intérieur des hôpitaux. Dans certains services, des chambres ont atteint 35, 36 ou 37 degrés. Pour les patients fragiles comme pour les soignants, ces conditions deviennent difficiles à supporter. Nicolas Revel reconnaît que l’hôpital n’a pas suffisamment anticipé la difficulté d’exercer dans des températures aussi élevées.
Investir dans la climatisation des établissements
À court terme, l’AP-HP a commandé davantage de climatiseurs mobiles : un millier, dont 450 déployés rapidement. Mais ce n’est qu’une solution d’appoint. Le véritable enjeu est d’investir dans le rafraîchissement durable des bâtiments hospitaliers anciens, souvent mal isolés, non climatisés, non rafraîchis, parfois dotés d’installations électriques fragiles.
La canicule a enfin mis en lumière une autre vulnérabilité : les personnes âgées seules à domicile. Selon Nicolas Revel, les EHPAD ont relativement bien résisté grâce à leurs pièces de vie rafraîchies. Le problème concerne surtout les personnes vivant seules, parfois dans de petits logements sous les toits, exposées à des températures extrêmes. Il plaide pour que ces personnes puissent être accompagnées vers des lieux frais quelques heures par jour.
Améliorer la prévention face à la canicule
Pour le grand public, les recommandations restent simples mais vitales : boire régulièrement de l’eau, se mouiller le corps, se ventiler, manger suffisamment, éviter l’alcool et les efforts physiques, garder le logement au frais et prendre des nouvelles des proches. En cas de malaise, il faut appeler le 15.
Cette canicule n’est donc pas seulement un accident météorologique. Elle est un avertissement. L’hôpital a tenu. Mais demain, face à des épisodes répétés, plus longs ou plus intenses, il faudra plus que du courage : il faudra des bâtiments adaptés, une ville organisée et une prévention active auprès des plus fragiles.


