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Maltraitance infantile : les séquelles dans le cerveau persistent des années après

Une vaste étude menée par l'Inserm révèle que les maltraitances subies durant l'enfance laissent une empreinte durable sur le cerveau à l’adolescence.

Maltraitance infantile : les séquelles dans le cerveau persistent des années après Sinenkiy / istock




L'ESSENTIEL
  • Une étude montre des différences cérébrales persistantes chez des adolescents victimes de maltraitance.
  • Ces jeunes présentent aussi davantage de signes de troubles psychiques.
  • Les chercheurs plaident pour un repérage et un accompagnement précoces.

La maltraitance infantile ne laisse pas uniquement des séquelles psychologiques. Une vaste étude menée par des chercheurs de l'Inserm, du CNRS, de l'Université Paris-Saclay et de l'ENS Paris-Saclay révèle que les adolescents ayant subi des violences durant l'enfance présentent des différences persistantes dans certaines régions du cerveau impliquées dans les émotions, la mémoire et l'apprentissage.

Des différences cérébrales observées jusqu'à 18 ans

La maltraitance infantile, qui comprend les violences physiques, sexuelles, émotionnelles ainsi que la négligence, constitue un enjeu majeur de santé publique. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), six enfants sur dix de moins de 5 ans, soit près de 400 millions, subissent régulièrement des châtiments corporels et/ou des violences psychologiques.

Pour mieux comprendre les effets de ces traumatismes sur le cerveau, les chercheurs ont analysé les données de 634 adolescents de la cohorte européenne Imagen, suivis entre 14 et 18 ans. Parmi eux, 105 avaient déclaré avoir été victimes de maltraitance avant l'âge de 14 ans. Grâce à des examens par IRM et à des questionnaires sur leur santé mentale, les scientifiques ont étudié l'évolution du système limbique, une région essentielle dans la gestion des émotions, de la mémoire et du stress.

Des "cicatrices cérébrales" qui persistent à l’adolescence

Les résultats, publiés dans la revue European Psychiatry, montrent "un volume de matière grise plus faible dans le système limbique des adolescents de 14 et 18 ans ayant subi des maltraitances au cours de l'enfance, comparativement aux adolescents n’ayant pas rapporté de telles expériences". Surtout, cette différence reste stable au fil des quatre années de suivi, ce qui suggère que ces altérations "persistent tout au long de l’adolescence", selon le communiqué de l’Inserm.

Ce n’est pas tout : les adolescents concernés présentaient davantage de signes évocateurs d'une dépression à 14 et 18 ans, un risque accru de trouble de stress post-traumatique à 18 ans, mais également plus de difficultés émotionnelles, relationnelles, d'hyperactivité et d'inattention. Les régions cérébrales concernées sont déjà connues pour être impliquées dans plusieurs troubles psychiatriques, notamment la dépression, l'anhédonie (incapacité à éprouver du plaisir) ou le stress post-traumatique.

Prévenir la maltraitance infantile pour protéger la santé mentale

Pour Jean-Luc Martinot, directeur de recherche à l'Inserm et coauteur de l'étude, "il s'agit de la plus grande étude longitudinale menée à ce jour sur les 'cicatrices cérébrales' chez les adolescents victimes de maltraitance infantile". Le chercheur estime que ces travaux "soulignent la nécessité d'évaluer de nouvelles stratégies de prévention et d'accompagnement ciblées auprès d'adolescents à risque ayant été victimes de maltraitance". Ces résultats rappellent surtout l'importance du repérage précoce, de la prévention des violences faites aux enfants et d'un accompagnement adapté afin de limiter leurs conséquences à long terme.

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