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Injustice

Comment les épreuves de la vie peuvent nous rendre complotistes

Les difficultés de la vie (deuil, maladie, agression, problèmes financiers...) pourraient favoriser l’adhésion aux théories du complot, selon une étude, en particulier lorsqu'elles conduisent à percevoir le monde comme profondément injuste.

Comment les épreuves de la vie peuvent nous rendre complotistes Patrick Daxenbichler / istock




L'ESSENTIEL
  • Des chercheurs britanniques ont étudié le lien entre adversité et croyances complotistes.
  • Le sentiment d'injustice apparaît comme un facteur clé expliquant cette association.
  • Cette perception pourrait également fragiliser la confiance envers les institutions.

Pourquoi certaines personnes adhèrent davantage aux théories du complot que d'autres ? C’est la question à laquelle ont voulu répondre des chercheurs de l’école de psychologie de l'Université de Nottingham, au Royaume-Uni. Leurs travaux, publiés dans le British Journal of Psychology, reposent sur trois études ayant impliqué plus de 1.200 participants.

Les scientifiques montrent que ce n'est pas l'adversité en elle-même qui favorise les croyances complotistes, mais la manière dont ces expériences modifient la perception du monde. Les personnes confrontées à de nombreuses épreuves ont davantage tendance à considérer que la société est profondément injuste. Et c’est cette vision du monde qui est associée à une plus forte adhésion aux théories du complot.

Le sentiment d'injustice au cœur du phénomène

La première étude s'est intéressée aux conséquences d'événements marquants comme une maladie grave, un deuil, des difficultés financières, une séparation ou encore des violences. Plus ces expériences étaient nombreuses, plus les participants percevaient le monde comme injuste, ce qui renforçait leurs croyances complotistes.

La deuxième étude a comparé des personnes ayant été victimes de violences à d'autres n'ayant jamais subi d'agression. Là encore, les victimes rapportaient un sentiment d'injustice plus élevé, associé à une plus grande adhésion aux théories du complot, même après prise en compte de différents facteurs démographiques.

Enfin, lors de la troisième expérience, les chercheurs ont manipulé la perception de l'équité de la société. Les participants amenés à penser que le monde devenait plus injuste déclaraient ensuite davantage croire aux théories du complot que ceux convaincus que la société devenait plus équitable.

Des conséquences sur la confiance envers les institutions

La recherche met également en évidence un effet plus large : les personnes ayant vécu davantage d'épreuves expriment moins de confiance envers les institutions, un phénomène qui semble passer par le sentiment d'injustice et les croyances complotistes. "Beaucoup de personnes vivent des épreuves importantes au cours de leur vie, pourtant la majorité ne devient pas adepte des théories du complot", souligne le Dr Daniel Jolley, auteur principal de l'étude, dans un communiqué.

Il poursuit : "Nos résultats suggèrent que ce n'est pas seulement l'adversité qui compte, mais la façon dont ces expériences façonnent notre vision du monde. Lorsque les épreuves conduisent à penser que le monde est fondamentalement injuste, les théories du complot peuvent devenir plus séduisantes car elles offrent une explication à cette injustice."

Dre Laura Blackie, coautrice de l’étude, rappelle toutefois que ces travaux "n'établissent pas de lien de causalité", mais mettent en évidence "une voie importante par laquelle l'adversité peut influencer la manière dont les individus perçoivent la société".

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