• CONTACT

QUESTION D'ACTU

États-Unis

Intelligence, taille, longévité : jusqu'où ira la sélection génétique des futurs bébés ?

Aux États-Unis, des start-up de la Silicon Valley proposent de sélectionner des embryons selon leurs risques génétiques, mais aussi leur taille ou leur intelligence. Une technologie qui soulève déjà de profondes questions éthiques.

Intelligence, taille, longévité : jusqu'où ira la sélection génétique des futurs bébés ? Prostock-Studio / istock




L'ESSENTIEL
  • Des start-up américaines proposent de classer les embryons selon plusieurs critères génétiques.
  • Les estimations concernent certaines maladies, mais aussi la taille, l'intelligence et la longévité.
  • Les opposants redoutent déjà une forme moderne d’eugénisme.

Et si l’on pouvait choisir son futur enfant comme on choisit un produit ? Aux États-Unis, des start-up proposent aux futurs parents d'aller au-delà du dépistage de maladies génétiques : à partir d'embryons obtenus par fécondation in vitro (FIV), elles promettent d'évaluer des risques de pathologies, mais aussi des caractéristiques comme la taille ou le quotient intellectuel. Une révolution médicale ou une nouvelle forme de sélection génétique ?

De la maladie à la couleur des yeux et au QI

La pratique s'appuie notamment sur le PGT-P, un test qui attribue aux embryons des scores de risque pour des caractéristiques influencées par plusieurs gènes. Selon le quotidien britannique The Economist, des entreprises comme Nucleus, Orchid et Herasight commercialisent déjà ces services aux États-Unis. Herasight propose notamment des estimations concernant certaines maladies, mais aussi la taille, l'intelligence et la longévité, pour un coût pouvant atteindre 40.000 euros. Nucleus, elle, ajoute la couleur des cheveux et des yeux.

Le principe repose sur les "scores de risque polygénique", calculés à partir de vastes bases de données génétiques. Mais leur capacité à prédire le devenir d'un embryon individuel reste discutée. Kevin Mitchell, du Trinity College Dublin, souligne notamment qu'une variante génétique rare peut peser lourdement sur le risque d'une maladie sans apparaître dans les corrélations statistiques générales.

Les bénéfices annoncés restent eux aussi modestes. Une étude publiée dans Cell en 2019, citée par le quotidien britannique, estimait que, parmi dix embryons viables, une sélection fondée sur ces scores pouvait augmenter la taille attendue de 2,9 cm et le QI de trois points. Avec seulement deux ou trois embryons – une situation fréquente après une FIV – le gain attendu diminue fortement. Dagan Wells, de l'Université d'Oxford, rappelle en outre que l'environnement, notamment l'alimentation, peut compter davantage que les gènes pour certaines caractéristiques.

Le risque d’une forme moderne d’eugénisme

Pour Arthur Zey et Chase Popp, cette technologie est déjà une réalité. Le couple américain a sélectionné son fils parmi six embryons après analyse proposée par Herasight. "D'accord, on dirait que celui-ci est un peu meilleur", raconte Zey dans The Economist. Le couple cherchait surtout à favoriser une longue espérance de vie.

Le débat dépasse toutefois la performance scientifique. Des associations de défense des personnes handicapées craignent notamment qu'une multiplication des critères renforce l'idée que certaines vies seraient moins désirables. D'autres redoutent une forme moderne d'eugénisme, voire une étape vers la modification génétique des embryons.

Pour rappel, aux États-Unis, la réglementation est plus permissive qu'au Royaume-Uni ou en France, où le tri d'embryons selon le sexe ou selon des traits comme la taille est interdit.

Vous aimez cet article ? Abonnez-vous à la newsletter !

EN DIRECT

LES MALADIES

J'AI MAL

J ai Mal Bras et mains Bras et mains Tête et cou Torse et haut du dos Jambes et pied

SYMPTÔMES