- Les scores polygéniques permettent d’estimer la probabilité de maladies génétiques graves et, depuis peu, de certaines caractéristiques humaines.
- Lors d’une FIV, les scores polygéniques peuvent permettre de sélectionner des embryons, mais la réglementation change d’un pays à l’autre sur les critères autorisés.
- Dans une nouvelle étude, des chercheurs estiment qu’une réglementation plus stricte doit être mise en place dans tous les pays face aux enjeux éthiques et juridiques que soulèvent la possible sélection des embryons.
Depuis 1978, la fécondation in vitro (FIV) a permis la naissance de plus de 8 millions d’enfants dans le monde, selon l’Agence de la biomédecine. Cette technique de procréation médicalement assistée consiste à féconder un ovocyte avec un spermatozoïde en laboratoire, puis à implanter l’embryon dans l’utérus de la future mère.
Vers une sélection des enfants, pas que pour les maladies génétiques
Lors de cette procédure, les parents ont la possibilité de faire tester génétiquement les embryons avant leur implantation. Cela permet d’éviter des maladies héréditaires et génétiques graves. Néanmoins, depuis peu, les scores polygéniques utilisés dans ces tests permettent aussi d’estimer certaines caractéristiques humaines, comme l'intelligence ou le risque de développer des pathologies plus tard dans la vie, comme le diabète ou Alzheimer.
Cette avancée technologique s’accompagne d’enjeux éthiques et juridiques. C’est en tout cas l'avis de chercheurs qui, dans une nouvelle étude publiée dans la revue Frontiers in Reproductive Health, se sont penchés sur cette nouvelle utilisation.
“La prédiction des caractères complexes demeure très incertaine, explique Tetsuya Ishii, l’un des auteurs, dans un communiqué. Les scores polygéniques tentent de prédire ces caractères complexes en se basant uniquement sur les variants génétiques de l'embryon et sur les données de vastes études génétiques, sans tenir compte des facteurs environnementaux.”
Des législations différentes entre les pays
Les auteurs pointent les risques liés aux nouvelles possibilités de ces tests. Au niveau juridique, le monde n’est pas unanime quant à leurs usages. Les scientifiques citent les États-Unis où, dans certaines cliniques, les parents peuvent par exemple sélectionner leurs embryons en fonction des scores polygéniques.
Une possibilité impensable dans plusieurs pays européens qui ont des limites beaucoup plus strictes. En Allemagne et en Italie par exemple, le dépistage embryonnaire est restreint à la seule prévention des maladies génétiques graves. La France et le Royaume-Uni vont plus loin et n'autorisent tout simplement pas l'utilisation des scores polygéniques pour la sélection des embryons. Enfin, d’autres législations restent floues et donc, d’après les auteurs, plus permissives.
Aux questions juridiques s’ajoutent celles éthiques. En sélectionnant les embryons, les parents pourraient ensuite avoir des attentes démesurées vis-à-vis de leurs enfants. “En raison de l'influence de l'environnement, du comportement parental, de l'autonomie de l'enfant et de nombreux autres facteurs, l'utilisation des scores polygéniques ne peut garantir qu'un enfant développera le trait prédit”, souligne Tetsuya Ishii. Autrement dit, comme avec la nature, il y a une part d’imprévu que les parents auront peut-être plus de mal à accepter.
Les scientifiques s’inquiètent aussi des conséquences sociales liées à cette possible sélection, comme la stigmatisation potentielle de certains traits de comportement ou le risque de considérer les enfants comme des produits. Pour limiter tous les risques de dérives, ils appellent tous les pays du monde à adopter une réglementation plus stricte. Le futur nous dira s’ils ont été entendus.


