- Le méthyleugénol, un composé présent dans le basilic, le fenouil, l’estragon ou encore la noix de muscade et retrouvé dans les huiles essentielles, peut endommager l’ADN.
- Les personnes présentant des déficiences génétiques dans ces systèmes de réparation, comme celles atteintes du syndrome de Cockayne, pourraient accumuler davantage de dommages à l’ADN après avoir été exposée à cette substance.
- Les adultes génétiquement prédisposés, chez qui les lésions de l’ADN sont moins bien réparées, doivent ainsi faire attention à leur utilisation d’huiles essentielles.
Le naturel n’est pas forcément inoffensif. C’est le message passé des chercheurs du Rheinland-Pfälzische Technische Universität (Allemagne). Dans une nouvelle étude, ils sont partis d’un constat : le méthyleugénol est un phénylpropène hépatotoxique naturellement présent dans diverses herbes et épices (basilic, estragon, noix de muscade, fenouil…). Ce composant des huiles essentielles subit, après une exposition alimentaire, une activation métabolique dans le foie, entraînant des altérations chimiques (adduits) de l’ADN et des lésions hépatiques. "Bien que le méthyleugénol soit suspecté d'être un cancérogène hépatique chez l'Homme, la voie de réparation de l'ADN qui élimine les adduits d'ADN induits par le composant reste inconnue."
L’ADN est endommagé par le composant de certaines huiles essentielles
Pour en avoir le cœur net, l’équipe a ainsi étudié différents modèles de cellules humaines dans lesquels des mécanismes clés de réparation de l'ADN avaient été désactivés de manière sélective. "Des méthodes biochimiques, de biologie cellulaire, microscopiques et bioanalytiques ont également été utilisées." Les résultats montrent que les lésions de l'ADN causées par le méthyleugénol bloquent la transcription. Pour rappel, ce processus, au cours duquel l'information génétique est transcrite de l'ADN en ARN messager (ARNm), est essentiel à la synthèse des protéines dans la cellule. "Il est catalysé par une enzyme appelée ARN polymérase II. » Ainsi, les auteurs ont bloqué l’ARN polymérase II par des altérations chimiques d’ADN dérivés du méthyleugénol. Cette approche active la transcription. En clair, les dommages causés par le méthyleugénol perturbent le fonctionnement d’une « machine de lecture de l’ADN" essentielle à la cellule, ce qui déclenche un mécanisme de réparation.
Les patients souffrant de syndrome de Cockayne sont plus vulnérables aux dommages
"Ce phénomène a été démontré par l’inactivation des gènes du syndrome de Cockayne A (CSA) et B (CSB), qui jouent un rôle crucial dans la TC-NER. (…) Le syndrome de Cockayne est une maladie génétique humaine rare causée par la perte de ces gènes. Les personnes atteintes souffrent de vieillissement prématuré, de dégénérescence du système nerveux et de dysfonctionnement d’organes internes comme le foie. Ici, les cellules dépourvues de CSA ou de CSB étaient extrêmement sensibles aux dommages à l’ADN induits par le méthyleugénol", a expliqué Jörg Fahrer, qui a dirigé les travaux parus dans la revue Cell Death & Disease.
Selon les observations des auteurs, les adduits d’ADN induits par le méthyleugénol ne sont pas réparés sur l’ensemble du génome, mais persistent, dans une certaine mesure, au sein de l’ADN. "À l'avenir, nous souhaitons mieux comprendre comment les lésions des régions non transcrites de l'ADN sont tolérées et dans quelle mesure elles contribuent à des altérations génétiques permanentes", a déclaré l’auteur principal de l’étude.
Huiles essentielles : prendre ses précautions avant d’y avoir recours
Face à ces données, les scientifiques invitent les personnes présentant un dysfonctionnement du système TC-NER, comme les patients atteints du syndrome de Cockayne, à faire attention à leur utilisation d’huiles essentielles, contenant du méthyleugénol, telles que le basilic. Ils ne sont pas les seuls à devoir être prudents. Étant donné que les huiles essentielles sont des concentrés d'actifs puissants, elles doivent être manipulées, par tous, avec précaution afin d’éviter les brûlures et les réactions allergiques. Avant toute première utilisation sur la peau, il est indispensable de tester l'huile essentielle dans le creux du coude pendant 24 à 48 heures. Pour rappel, ces produits sont déconseillés aux femmes enceintes et allaitantes et aux enfants de moins de 6 ans.


