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Un «polluant éternel» dans l'eau potable : l'Europe tire la sonnette d'alarme

Présent dans l'eau potable et l'alimentation, le TFA, un "polluant éternel" de la famille des PFAS, fait l'objet d'une vigilance renforcée. Les autorités européennes viennent d'abaisser drastiquement la dose jugée sans risque.

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L'ESSENTIEL
  • Le TFA, un PFAS très persistant, est largement présent dans l'eau et l'alimentation.
  • L'EFSA a abaissé de 3,5 fois la dose journalière jugée sans risque.
  • Cette décision pourrait conduire à un renforcement des contrôles de l'eau potable en Europe.

L'eau que nous buvons, mais aussi une partie de notre alimentation, peuvent contenir du TFA, un composé de la famille des PFAS, ces "polluants éternels" capables de persister pendant des décennies dans l'environnement. Face à de nouvelles données scientifiques, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a décidé de durcir ses recommandations en abaissant fortement la dose considérée comme sans risque. Une décision qui pourrait conduire à des contrôles plus stricts de l'eau potable dans plusieurs pays européens, dont la France.

Un contaminant très répandu dans l'environnement

Le TFA, ou acide trifluoroacétique, est issu notamment de la dégradation de certains pesticides et de gaz utilisés par l'industrie. Très stable, il s'accumule dans les sols, les nappes phréatiques, les cultures agricoles et finit par se retrouver dans l'eau potable et les aliments.
Cette présence est loin d'être marginale : selon une étude publiée par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) en décembre 2025, du TFA a été détecté dans 92 % des échantillons d'eau analysés en France. Début 2026, la France a d'ailleurs interdit certains produits à l'origine de pollutions aux PFAS, anticipant une évolution attendue de la réglementation européenne.

Après avoir analysé de nouvelles études scientifiques, l'EFSA a abaissé la dose journalière admissible de 0,05 à 0,014 milligramme par kilogramme de poids corporel et par jour, soit un seuil environ 3,5 fois inférieur à celui fixé en 2017. Pour justifier cette décision, l'agence européenne s'appuie sur des expérimentations animales montrant des effets potentiels sur le développement, la reproduction et les niveaux de thyroxine, une hormone essentielle au fonctionnement de la thyroïde et à la régulation du métabolisme.

L'EFSA précise toutefois qu'il est peu probable que le TFA soit génotoxique, c'est-à-dire capable d'endommager l'ADN. En revanche, elle reconnaît que des incertitudes demeurent concernant les effets d'une exposition prolongée et un éventuel risque cancérogène.

Des normes encore appelées à évoluer

Pour tenir compte de ces incertitudes, l'EFSA a appliqué un facteur de sécurité supplémentaire dans ses calculs et a fixé, pour la première fois, une dose de référence en cas d'exposition ponctuelle à 0,07 mg/kg de poids corporel. Interrogé par l'AFP, Hans-Peter Arp, professeur en chimie de l'environnement et spécialiste des PFAS, estime qu'il "serait surpris si" ces seuils "n'étaient pas révisés à la baisse dans le futur", notamment avec l'arrivée de nouvelles données sur l'immunotoxicité ou les perturbations endocriniennes.

En France, où le seuil retenu pour le TFA dans l'eau potable est actuellement de 60 microgrammes par litre, l'Anses a indiqué avoir été sollicitée par les autorités pour élaborer de nouvelles valeurs à partir des conclusions de l'EFSA. Des pays comme le Danemark et les Pays-Bas appliquent déjà des limites plus strictes.

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