- Le binge drinking (consommation excessive d’alcool sur une courte période) "est susceptible d’entraîner des conséquences cognitives et comportementales à long terme", notamment chez les jeunes adultes dont le cerveau est en cours de développement.
- Même une pratique occasionnelle du binge drinking est associée à un risque accru de problèmes liés à l’alcool.
- Les pratiquants présentent plus souvent des facteurs associés comme une consommation de tabac plus importante, une recherche de sensations fortes et un besoin plus marqué d’approbation sociale.
Le binge drinking à faible fréquence est-il si anodin ? C’est la question que se sont posés des scientifiques de l’Inserm, de l’Université Paris Cité et du GHU Paris Sainte-Anne. Pour rappel, le binge drinking, qui devient une préoccupation croissante de santé publique, correspond à une consommation excessive d’alcool sur une courte période. "En France, il est défini comme la consommation de six verres ou plus au cours d’une même occasion, chaque verre contenant 10 g d’alcool pur. Le cerveau étant encore en développement chez les jeunes adultes, il est plus sensible aux effets nuisibles de l’alcool. Chez cette population, le binge drinking est donc susceptible d’entraîner des conséquences cognitives et comportementales à long terme."
Même un binge drinking peu fréquent est lié à un risque plus élevé de trouble de l’usage d’alcool
Afin de déterminer si cette pratique, même occasionnelle (moins d'une fois par mois), est associée à une probabilité accrue de trouble de l'usage de l'alcool, les chercheurs ont recruté 3.308 étudiants universitaires âgés de 18 à 25 ans consommant de l'alcool. Ces derniers ont dû remplir un questionnaire, plus précisément répondre la question : "À quelle fréquence buvez-vous six verres ou plus au cours d’une même occasion ?" En fonction des retours, les participants ont été répartis en quatre groupes : les non-pratiquants (n'ayant jamais consommé six verres ou plus au cours d’une seule occasion) et les pratiquants à faible fréquence (au moins une fois dans leur vie, mais moins d'une fois par mois), à fréquence modérée (au moins une fois par mois, mais moins d'une fois par semaine) ou à fréquence élevée (au moins une fois par semaine).
Parmi les volontaires, 473 n'avaient jamais pratiqué le binge drinking, tandis que 1.204, 1.001 et 630 le pratiquaient respectivement à faible fréquence, à fréquence modérée et à fréquence élevée. Chez les consommateurs d’alcool à haute fréquence, les hommes étaient surreprésentés. Selon les résultats, publiés dans la revue Journal of Addictive Disorders, même à faible fréquence, la consommation épisodique excessive d'alcool était associée à des scores plus élevés de trouble de l’usage d’alcool et à une prévalence accrue de consommation d'alcool à risque.
Binge drinking : les pratiquants occasionnels fumaient plus
Par la suite, l’équipe a identifié les caractéristiques environnementales et psychologiques propres aux personnes pratiquant cette consommation d’alcool à faible fréquence. "Les motivations liées au binge drinking mentionnées par les répondants sont l’amélioration de l’humeur et du bien-être, la réduction des émotions négatives, la génération d’émotions positives, et enfin l’obtention d’une validation sociale (éviter le rejet) à travers la recherche de conformité", peut-on lire dans un communiqué de l’Inserm.
Par rapport aux non-pratiquants, les étudiants buvant beaucoup d’alcool à faible fréquence présentaient également des taux accrus de tabagisme et une recherche de sensations fortes plus élevée. Quant au binge drinkers à fréquence moyenne, ils étaient plus susceptibles de ressentir un désir fort de consommation ("craving").
"Il n’existe pas de binge drinking anodin"
Face à ces données, les auteurs soulignent l'importance de mettre en place des stratégies de prévention, dans la mesure où le binge drinking pratiqué moins d'une fois par mois, qui concerne un tiers de cette population, est d'ores et déjà associé à une probabilité plus élevée de trouble de l'usage de l'alcool. "Avant tout jugement ou interdiction, la priorité est d’informer, car il n’existe pas de binge drinking anodin, même pour quelques occasions. Ce message pourrait être la base des stratégies de prévention comme des campagnes de sensibilisation, l’utilisation d’affiches dans les universités ou des publicités sur les réseaux sociaux, pour diffuser l’idée que le binge drinking, même peu fréquent, est nuisible pour la santé", ont conclu les scientifiques.



