- On compte 82 millions d'infections signalées chaque année dans le monde.
- Un nombre croissant de pays européens ont détecté des souches gonococciques résistantes à l'antibiotique ceftriaxone.
- L'ECDC appelle à une meilleure surveillance, prise en charge et prévention de l'infection bactérienne sexuellement transmissible.
L’Europe diagnostique de plus en plus de gonorrhées résistantes à l'antibiotique ceftriaxone, le médicament de première intention pour traiter cette infection sexuellement transmissible, sur son sol. La propagation de ces souches résistantes aux médicaments inquiète le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC).
Gonorrhée : la résistance croissante réduit l'efficacité des traitements actuels
Plus de 106.000 cas de gonorrhée ont été confirmés dans l’UE/EEE en 2024. Il s’agit du niveau le plus élevé depuis le début de la surveillance européenne en 2009. Mais ce qui inquiète le plus l’ECDC, c’est la recrudescence des infections gonococciques résistantes à la ceftriaxone en Europe depuis 2022.
Si ses experts estiment que les risques de contamination par des bactéries résistantes restent faibles pour la population sexuellement active de l'Union européenne et de l'Espace économique européen (UE/EEE), ils ont identifié des groupes à risque élevé :
- les personnes ayant des rapports sexuels non protégés avec des partenaires occasionnels ou nouveaux ;
- celles ayant des partenaires sexuels multiples ou changeant fréquemment de partenaires ;
- les travailleurs et travailleuses du sexe et leurs clients ;
- les personnes voyageant dans des zones à forte prévalence de souches de gonorrhée résistantes aux médicaments comme l’Asie du Sud-Est, l'une des voies d’introduction de la bactérie en Europe.
"La transmission locale de la gonorrhée résistante à la ceftriaxone en Europe est un signal d'alarme qu'il ne faut pas ignorer", explique Csaba Ködmön, expert en microbiologie au Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), dans un communiqué.
“Bien que le risque pour la population générale soit actuellement faible, la résistance croissante réduit l'efficacité des traitements actuels. Si des souches hautement résistantes aux médicaments s'implantent et continuent de se propager, les options thérapeutiques pourraient devenir de plus en plus limitées”, ajoute-t-il.
Gonorrhée : comment réduire les risques ?
Avec environ 82 millions d'infections annuelles, la gonorrhée est l'une des infections bactériennes sexuellement transmissibles (IST) les plus courantes dans le monde. Les symptômes sont différents selon le sexe. Les hommes présentent une sensation de brûlure en urinant, une urétrite (inflammation de l'urètre) avec un écoulement purulent par l’urètre ainsi que des douleurs testiculaires ou lors des relations sexuelles.
Les femmes infectées ne présentent pas de signes d’infection dans 70 % des cas. Lorsque le trouble est symptomatique, il se traduit par une vaginite avec des leucorrhées (pertes jaunes, verdâtres purulentes et mal odorantes), souvent associée à des brûlures urinaires. Si la gonorrhée n'est pas traitée, elle peut entraîner de graves complications, y compris une maladie inflammatoire pelvienne, l'infertilité et une grossesse extra-utérine.
"La prévention de l'infection à la gonorrhée reste simple avec l'utilisation correcte et cohérente de préservatifs ou d'autres méthodes de barrière lors des rapports sexuels, le fait de se faire tester régulièrement, en particulier après des rapports sexuels avec de nouveaux partenaires sexuels occasionnels ou multiples, et en réalisant des tests après une éventuelle exposition", prévient l’ECDC.
L’organisation européenne appelle également les autorités de santé publique et le secteur de la santé à surveiller attentivement les infections résistantes aux médicaments et à prendre des mesures pour améliorer la prise en charge des malades et renforcer la prévention, notamment auprès des populations à risque.
"Renforcer la prévention, étendre les tests de résistance aux antimicrobiens et promouvoir un diagnostic précoce sont essentiels pour détecter rapidement les souches résistantes, limiter leur propagation et garantir le traitement de la gonorrhée", confirme Csaba Ködmön.



