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QUESTION D'ACTU

Interview du week-end

«Le but d'une cure thermale est de se soigner, mais aussi de prendre du temps pour soi»

Utilisées depuis des siècles, les vertus des eaux thermales sur la santé ne sont plus vraiment à démontrer. Toutefois, Nathalie Négro - diététicienne, nutritionniste et responsable du centre nutritionnel des thermes de Brides-les-bains - fait le point sur ce qu'il faut savoir avant de partir en cure thermale. 

\ Kar-Tr/istock




- Pourquoi docteur : pourquoi faire une cure thermale et quelles sont les maladies qui peuvent y être soignées ? 

Nathale Négro : les cures thermales traitent des maladies chroniques. C’est-à-dire des troubles qu'on peut soigner, mais qu'on ne sait pas guérir. Il y a 12 orientations thérapeutiques : affections des muqueuses bucco-linguales (aphtes récidivants, lichen buccal, séquelles de traitements anticancéreux…), affections digestives et maladies métaboliques (diabète, obésité, surpoids, troubles digestif…), Voie respiratoire (asthme…) affections urinaires (calculs…) dermatologie (eczéma, brûlures, cicatrice…), gynécologie (endométriose…) maladies cardio-artérielles, neurologie (séquelles d’AVC, parkinson…) phlébologie, rhumatologie, troubles du développement de l’enfant, Affections psychosomatiques (burn-out, troubles anxieux, troubles du sommeil…).

Chaque station thermale a ses spécialités en fonction des propriétés de ses eaux (soufre, sulfate, bicarbonate, calcium…) et des soins développés. Par exemple, nous, aux Thermes de Brides-les-bains, nos orientations thérapeutiques sont les affections digestives et maladies métaboliques (AD) mais aussi la rhumatologie, car nos eaux sont riches en soufre. Cela active le circuit antalgique au niveau cérébral et réduit les douleurs ainsi que l’inflammation. Elles contiennent aussi énormément de calcium. Ce qui agit aussi sur l'inflammation. Mais, les Thermes d’Allevard avec qui nous travaillons, elles se concentrent sur les voies respiratoires et la rhumatologie. À Rochefort, c’est la rhumatologie et la dermatologie.

"Faire une cure thermale est une décision prise avec le professionnel de santé"

- Comment choisir sa cure thermale ?

En fait, faire une cure thermale est une décision prise avec le professionnel de santé. C’est lui qui dirige vers un lieu de cure en fonction de la pathologie à soigner. Si on regarde l'orientation AD par exemple, Brides-les-bains n’est pas la seule à la proposer. D'autres stations thermales l'ont également, mais nous ne traitons pas forcément les mêmes problèmes. Nous, nous sommes spécialisés dans les problèmes de poids et les comorbidités associées comme le diabète de type 2. À Châtel-Guyon, dans le massif central, la station thermale est aussi AD, mais il traite principalement les maladies inflammatoires de l'intestin (maladies de Crohn…). 

Lorsque la cure est prescrite, la Sécurité sociale prend en charge 65 % de tout ce qui touche l'eau thermale. C'est-à-dire les soins thermaux, les consultations chez le médecin thermal et la cure de boisson quand elle existe, puisque toutes les eaux thermales ne se boivent pas. Le reste à charge peut être remboursé par les mutuelles, mais c’est en fonction des contrats souscrits. La durée d'une cure thermale est fixée à 18 jours de traitements effectifs. Généralement, il n'y a pas de soins le dimanche, donc ça fait 21 jours sur place. Le nombre de soins est aussi réglementé : 72 soins pour une pathologie répartis sur les 18 jours. Certaines stations - comme la nôtre - offrent la possibilité de soins dans deux orientations thérapeutiques. Si la personne vient pour les deux, elle pourra alors avoir jusqu’à 108 soins. 72 pour le trouble principal et 36 pour le deuxième. 

Cure thermale et maladie chronique : "plus on agit tôt, plus on évite les complications"

- Quand faut-il demander une cure à son médecin ?

Je dirais le plus tôt possible. Les cures thermales aident à prendre en charge des pathologies chroniques donc plus on agit tôt, plus on évite les complications. Par exemple, pour les personnes qui ont des problèmes de poids, cela évite que l'excès de poids s'installe ou encore que d’autres troubles comme le diabète se développent.

Pour l'arthrose, c'est pareil. Les douleurs d'arthrose sont dues à l'inflammation et notamment l'inflammation des muscles qui sont autour des articulations lésées. Si on calme l'inflammation, on retrouve davantage de mobilité. Et le fait d'avoir plus de mobilité, on fait plus d'activités physiques, donc on se muscle davantage et donc les articulations sont moins prises par l'inflammation. En fait, on entre dans un cercle vertueux.

En résumé, on peut faire une cure thermale à n'importe quel stade d’une pathologie, mais plus on s'y prend tôt, mieux c'est. Cela réduit le risque d’entrer dans une spirale médicamenteuse et d'invalidité.

- À quel rythme faire une cure thermale ?

Beaucoup de gens font une cure thermale par an. En plus de correspondre à ce qui est pris en charge par l’Assurance Maladie, cela permet de maintenir les progrès faits, que cela soit pour la mobilité, les douleurs, la perte de poids… Par exemple, quand le trouble traité est l’obésité comme nous, c'est difficile de changer toutes ses habitudes en une seule fois. Le fait de revenir plusieurs années de suite, permet de focaliser sur des difficultés différentes à chaque fois, et donc d'avancer progressivement. 

Malheureusement, tout le monde n’a pas forcément la possibilité de mettre sa vie personnelle et professionnelle en pause pendant trois semaines chaque année. Certains curistes le font ainsi un an ou deux puis font une pause dans les soins.

C’est pourquoi, la plupart des établissements thermaux proposent maintenant des mini-cures. Il s’agit de séjours beaucoup plus courts : une ou deux semaines. Ces offres s'adaptent mieux à la vie des actifs. Toutefois, celles-ci ne sont pas remboursées par la sécurité sociale, car elles ne répondent pas aux critères de prise en charge (séjour inférieur à 18 jours de soins). Elles permettent tout de même de bénéficier des bienfaits des eaux thermales et des infrastructures autour comme l'activité physique, la nutrition, les soins psy, les soins infirmiers… Certaines personnes optent pour ces séjours pour entretenir les progrès de leur dernière cure et d’autres pour découvrir le monde des thermes.

Cure thermale : "il est important de profiter de l’ensemble des activités proposées"

- Quels conseils donneriez-vous pour que la cure soit une réussite ? 

Ce n’est pas toujours simple à faire, mais je conseille de se consacrer vraiment à la cure thermale ainsi qu’aux soins et aux activités proposés pendant le séjour. Parfois, nous avons des personnes qui viennent et qui travaillent en même temps grâce au télétravail. C'est dommage, le but de la cure thermale est bien sûr de se soigner, mais aussi de prendre du temps pour soi et apprendre à gérer son trouble. Cela aide aussi à combattre le stress quotidien. C’est difficile d’atteindre ces objectifs si on ne s’y consacre pas à 100 %.

De plus, quelle que soit l'orientation thérapeutique, il est important de profiter de l’ensemble des activités proposées, pas uniquement des eaux thermales. L'intérêt de la cure, c’est aussi ses propriétés d'éducation thérapeutique. Les ateliers, les consultations ou encore les groupes aident à repartir avec les outils pour faire face à sa maladie. En fait, la cure thermale n'est pas une fin en soi, c'est un point d’étape vers une meilleure santé.

"Essayer de tout révolutionner d’un coup conduit à l'échec"

- Suivre les conseils thérapeutiques ou diététiques pendant la cure est assez facile grâce aux infrastructures autour de soi. Mais comment faire perdurer cela une fois de retour chez soi ?

Quelle que soit la problématique qui conduit à faire une cure thermale, l'idée est de changer ses habitudes au quotidien et d'adopter les bons gestes. Mais on ne peut pas forcément tout modifier en une fois. Essayer de tout révolutionner d’un coup conduit à l'échec. Ainsi, l’idée est d'y aller pas à pas. On se fixe un objectif après l'autre. Tant qu'on n’a pas atteint le premier, on reste dessus. Dès qu'on l'a atteint, on passe à un autre qui est un peu plus difficile, etc. De plus, on commence toujours par le plus simple à changer, car la réussite est motivante. C’est vraiment un point primordial pour faire perdurer les effets de la cure. 

Par ailleurs, il n'y a pas d'hébergement dans les établissements thermaux. Les gens sont forcément logés à l’extérieur. Dans notre établissement, nous avons mis en place un passeport santé - dans lequel on propose une trame de menus équilibrés pour trois semaines, des listes de courses, des plans alimentaires, des repères quantitatifs, etc. - et nous avons créé un label pour les restaurants du village qui proposent des menus diététiques, mais les curistes sont quand même confrontés à la vie quotidienne et aux tentations (boulangerie, bars…) pendant leur séjour avec nous. Ils apprennent à suivre les conseils seuls tout de suite. Ils voient d'ailleurs qu’un écart de temps en temps n’est pas grave, l'essentiel, c'est que cela ne soit pas tous les jours et que l’équilibre général des apports alimentaires soit maintenu. C’est un apprentissage qui reste.

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