Les risques liés au tabac sont multiples. Comme le souligne l’Organisation Mondiale de la Santé, le tabagisme provoque des lésions dans presque tous les organes du corps, responsables de cancers, de maladie cardiovasculaires ou encore de baisse de la fertilité. Mais l’exposition à la cigarette laisse aussi des marques sur l’ADN. C’est la conclusion d’une étude parue dans Epigenomics.
Tabagisme : des modifications des molécules d'ADN
Ses auteurs ont utilisé les données d’une vaste cohorte européenne, appelée EPIC pour European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition. Elle rassemble les données de plus de 500.000 personnes, originaires de dix pays européens et suivies pendant environ 15 ans. "Disposant d’échantillons biologiques, les chercheurs ont pu identifier toutes les zones portant des marques épigénétiques à travers l’ensemble du génome de plus de 900 personnes", précise la Fondation pour la recherche sur le cancer. Elle précise que ces marques sont de petites molécules, déposées sur les chromosomes, les cellules d’ADN. Ce processus est appelé méthylation de l’ADN. "Selon la présence ou l’absence de ces marques, la cellule utilise, ou non, le gène marqué, développe la Fondation ARC. Cette régulation dite ‘épigénétique’ de l’expression des gènes permet à chaque cellule d’avoir sa propre identité alors qu’elle partage le même patrimoine génétique que ses milliards de congénères qui constituent l’organisme d’un individu."
Plus la consommation de tabac est élevée, plus les effets sur l'ADN sont nombreux
Dans les échantillons des 900 patients, les scientifiques ont différencié les fumeurs dits intensifs, les occasionnels, les ex-fumeurs et ceux n’ayant jamais fumé. "Nous avons identifié un total de 748 sites présentant une méthylation différentielle entre fumeurs et non-fumeurs", indiquent-ils dans leur étude. D’après leurs conclusions, plus la consommation de tabac est importante, plus il y a des différences de marquage de l’ADN en comparaison aux non-fumeurs. "Fait notable, nous avons observé une réversibilité marquée des modifications de la méthylation après l'arrêt du tabac, bien que certains gènes spécifiques soient restés différentiellement méthylés jusqu'à 22 ans après l’arrêt", commentent-ils. Ils ont précisément repéré quatre marques, persistantes après l’arrêt du tabac. Pour ces spécialistes, la réversibilité de ces altérations épigénétiques liées au tabagisme concorde avec "la réduction connue du risque de cancer".
Ils espèrent que leurs résultats permettront de mettre au point un outil pour évaluer l'exposition cumulée au tabac chez les fumeurs actuels, et pour suivre les anciens fumeurs. "Notre étude met en évidence des cibles intéressantes pour la prévention secondaire des cancers liés au tabagisme", concluent-ils. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, le tabac est responsable de plus de sept millions de décès dans le monde chaque année.



