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Pollution de l'air

Particules ultrafines : ces polluants tuent près de 2 millions de personnes par an

Si les particules fines inquiètent les autorités sanitaires, des chercheurs tirent l'attention sur une pollution tout aussi dangereuse pour les humains : les particules ultrafines.

Particules ultrafines : ces polluants tuent près de 2 millions de personnes par an Alexey Tolmachov/istock




L'ESSENTIEL
  • Les concentrations moyennes annuelles de particules ultrafines dans les villes vont de 10.000 à 30.000 particules par centimètre cube.
  • Près de deux millions de décès prématurés par an sont liés à des particules ultrafines dans l'air.
  • Les chercheurs appellent à fixer des seuils de particules ultrafines à ne pas dépasser.

"Les particules ultrafines constituent un véritable angle mort dans les politiques de qualité de l'air : elles ne sont couvertes par aucune réglementation, alors même qu'elles sont omniprésentes dans nos villes", déplore le professeur Jos Lelieveld, directeur émérite du Max Planck Institute for Chemistry. Il a ainsi étudié ces particules en suspension dont le diamètre est inférieur à 0,1 micromètre (PM0,1).

Avec son équipe, il a identifié les zones d'exposition les plus élevées, les sources responsables et les risques de ces polluants microscopiques. L'étude a été publiée dans la revue Cardiovascular Research, le 8 juillet 2026.

Les particules ultrafines sont très présentes en Europe

Pour établir une carte mondiale d’exposition aux particules ultrafines, les scientifiques ont combiné des données satellitaires, des informations sur l'occupation des sols et des mesures provenant de 155 sites à travers le monde. En s’appuyant sur l'intelligence artificielle, ils sont parvenus à cartographier l'exposition à long terme aux PM0,1 avec une haute résolution d'un kilomètre, sur la période 2010-2019. Ils ont ainsi découvert que les concentrations moyennes de particules ultrafines annuelles dans les villes se situent entre 10.000 et 30.000 particules par centimètre cube. L'équipe a aussi estimé que ces polluants étaient responsable de 1,99 million de décès prématurés par an.

En étudiant spécifiquement des cohortes européennes et nord-américaines, ces deux continents semblent particulièrement touchés par les PM0,1. La mortalité liée à cette pollution était de 35,7 pour 100.000 personnes en Europe; De l’autre côté de l'Atlantique, le taux était de 27,4 pour 100.000 personnes. "L'exposition et la mortalité sont particulièrement élevées en Europe du Sud et de l'Est. À l'échelle mondiale, environ 91 % des décès excédentaires liés aux particules ultrafines surviennent en milieu urbain et périurbain, dont 78 % dans les centres urbains densément peuplés", ajoutent les auteurs dans leur communiqué.

Selon l’étude, les particules ultrafines sont composées de carbone noir et organique, des produits typiques de la combustion. Environ 75 % de l'exposition provient des combustibles fossiles. Dans les pays à faible revenu, le chauffage domestique au bois peut aussi jouer un rôle non négligeable dans la formation de cette pollution.

La moitié des décès dus aux particules ultrafines liés aux maladies cardiovasculaires

Encore plus petites que les PM2,5, les particules ultrafines sont particulièrement néfastes pour le système cardiovasculaire. Elles ont la capacité de traverser les poumons et pénétrer dans la circulation sanguine. Ce qui peut provoquer un stress oxydatif systémique et un dysfonctionnement de la couche la plus interne des vaisseaux sanguins (endothélium). Ces polluants sont aussi associés à l'athérosclérose, à l'hypertension, au diabète, à l'insuffisance cardiaque, à l'infarctus du myocarde et à une altération de la microcirculation coronaire.

"Ce qui est particulièrement alarmant pour nous en cardiologie, c'est que les particules ultrafines contournent les barrières protectrices naturelles de l'organisme et peuvent atteindre directement la circulation sanguine, voire le cerveau. Nos travaux montrent comment le système cardiovasculaire réagit à cette exposition : stress oxydatif, lésions des vaisseaux sanguins et risque accru d'infarctus et d'AVC. Environ la moitié des décès dus aux particules ultrafines dans le monde sont imputables à des maladies cardiovasculaires. Une chose est claire : respirer un air pur est essentiel à la santé cardiaque. Nous avons besoin de toute urgence de valeurs limites contraignantes et d'une surveillance régulière des particules ultrafines, comme c'est déjà le cas pour les particules fines", prévient le professeur Thomas Münzel.

PM0,1 : il faudrait établir une valeur limite légale

L’équipe a par ailleurs calculé que limiter l’exposition annuelle à 5.000 particules ultrafines par centimètre cube pourrait réduire d'environ 45 % la surmortalité mondiale qu’elle provoque. Les auteurs appellent donc à "réduire les émissions dues à la combustion dans les villes – notamment celles issues du trafic, de l'industrie et de la production d'énergie –, à un développement accéléré des sources d'énergie non fossiles et à l'intégration des particules ultrafines dans la surveillance régulière de la qualité de l'air afin de mieux appréhender leurs effets à long terme sur la santé".

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