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QUESTION D'ACTU

Témoignage patient

Sorti de trois mois de coma : «J’étais un bébé de 17 ans qui a dû tout réapprendre»

Après un accident de moto grave, survenu durant son adolescence, Tony Fossier est plongé dans le coma. À son réveil, il ne peut ni bouger, ni s’exprimer et n’a aucun souvenir de ses 17 premières années de vie. Il nous raconte son incroyable reconstruction, un long chemin semé d’obstacles pour réapprendre les gestes du quotidien.

Sorti de trois mois de coma : \ Tony Fossier




L'ESSENTIEL
  • À 17 ans, un accident grave de moto bouleverse la vie de Tony, qui reste dans le coma pendant trois mois avant de se réveiller.
  • À son réveil, l’adolescent ne connaît plus son identité, ses proches ni son passé. Il réapprend à parler, marcher et effectuer des gestes du quotidien après de lourdes séquelles physiques et psychologiques.
  • Le patient, aujourd’hui âgé de 36 ans et dont les souvenirs ne sont jamais revenus, est désormais autonome et vit seul dans le sud de la France, où il est bénévole dans un refuge pour chats.

Le 12 août 2007, Tony, apprenti serveur de 17 ans, est en vacances chez son père à Lyon. "Mon père a réparé une moto et m’a demandé de la tester pour s’assurer que tout fonctionnait bien", se souvient-il. Équipé, le jeune homme, originaire de l'Aisne (Hauts-de-France), prend la route. "Pour une fois, je ne faisais pas l’andouille, je roulais tranquillement. Puis à un moment, j’ai totalement perdu le contrôle du véhicule à cause de gravillons. Mon corps a été éjecté et ma tête a heurté violemment un mur." Le choc le plonge immédiatement dans le coma. "Les secours m’ont pris en charge et m’ont transporté à l’hôpital en hélicoptère. C’était une première pour moi, et sans avoir suivi le baptême. Dommage, je n’ai pas pu en profiter !" Admis dans un établissement hospitalier lyonnais en soins intensifs, il reste deux mois dans le coma, induit par le traumatisme, et un mois dans un coma artificiel "pour permettre à mon cerveau, qui était sous pression, de dégonfler."

Sorti du coma : "J’étais une bête. J’étais incontrôlable"

Plus les jours passent, plus les médecins perdent espoir. "Pour eux, il n’y avait aucune chance que je me réveille. Ils avaient demandé le consentement de mes parents pour un don d’organes. Ils ont refusé heureusement." Car au bout de trois mois, l’adolescent se réveille... douloureusement. "Je ne savais pas où j’étais, je ne connaissais pas les personnes autour de moi, que ce soit les médecins ou mes proches. J’avais totalement perdu la mémoire. J’étais une bête. Je grognais, car je ne pouvais pas parler. J’étais branché de partout. C’était difficile de me faire comprendre. Un de mes réflexes était d’arracher les cathéters, les sondes et les autres machines qui me gardaient en vie en m’aidant à manger et respirer. J’étais incontrôlable, j’étais plongé dans une confusion et une désorientation spatio-temporelle totale." D’après le patient, qui a bénéficié d’une greffe du muscle du pied et d’un rallongement du tendon d’Achille durant le coma, cette agitation est liée au syndrome confusionnel de réanimation (delirium), qui a disparu après la prise de médicaments. "Sur le moment, les praticiens m’ont donc attaché."

Perte de mémoire : "Jusqu’à maintenant, je ne me souviens pas de ma vie avant l’accident"

Si ce réveil reste marquant et traumatisant, jusqu’à aujourd’hui, pour le patient, la suite est plus éprouvante. "Le plus dur, ce n’était pas le coma, mais le travail à fournir après. Marcher, parler, aller aux toilettes… J’étais un bébé de 17 ans, portant des couches, qui a dû tout réapprendre. Je ne contrôlais plus mon corps, qui était sans cesse en alerte, notamment les gestes. Au début, je ne bougeais que mes yeux, puis petit à petit, j’ai commencé à bouger le reste de mes membres, mais étant donné que je ne l’avais pas fait pendant longtemps, chaque mouvement était difficile." En outre, tous ses souvenirs sont effacés. "Jusqu’à maintenant, je ne me souviens pas de ma vie avant l’accident. Quand je suis sorti du coma, mes parents ont dû se présenter et m’expliquer la situation." Plus tard, ses amis lui montrent des vidéos retraçant sa jeunesse. Il consulte également le journal de bord tenu par les soignants durant son coma.

"Je me sentais rejeté et mis à l’écart"

Pour pouvoir de nouveau bouger, réaliser des gestes du quotidien et parler, Tony a été, au cours de sa prise en charge, transféré dans le nord de la France. "J’ai bénéficié de séances d’ergothérapie et d’orthophoniste. J’ai également fait des séances de kiné jusqu’à l’année dernière. Maintenant, j’étire mes muscles quotidiennement, sous les conseils du spécialiste. Il m’a également recommandé de faire de l’exercice pour entretenir mes muscles, notamment ceux des jambes qui se contractent et tremblent toujours." Durant ces années de lutte, le patient, actuellement âgé de 36 ans, est soutenu par ses parents. En revanche, le lien avec ses amis d’enfance s’est brisé. "Quand je les ai revus après mon accident, je me sentais rejeté et mis à l’écart, car forcément je suis différent maintenant, je ne peux plus marcher aussi bien qu’avant. J’ai donc coupé tout contact avec eux."

"Je ne pouvais pas rester debout pendant des heures"

En 2013, Tony veut de nouveau intégrer le monde professionnel. "Au vu de mes capacités, que je n'avais pas toutes récupérées, je ne pouvais plus occuper le poste de serveur comme avant. Pendant trois ans, j’ai donc travaillé dans un établissement et service d’accompagnement par le travail (ESAT). Dans le cadre de ce centre pour les personnes handicapées, je me sentais rabaissé. Ça ne se passait pas très bien et j’ai fini en burn-out. J’ai fait une pause professionnelle." Par la suite, bénéficiant de la pension d’invalidité, il décide de déménager et de vivre seul dans le sud de la France, plus précisément à côté de Perpignan. Afin de venir à bout de la solitude, il devient bénévole dans un refuge pour chats. "Ça fait un an et demi que je fais ça."

"Il y a quelques mois, j’ai voulu retrouver un emploi. J’ai travaillé dans un fast-food connu. J’ai tenu une semaine. Dans ma tête, je pensais en être capable, mais mon corps ne suivait pas. Je perdais souvent la mémoire, je ne pouvais pas porter de charges lourdes et surtout je ne pouvais pas rester debout pendant des heures", explique le trentenaire qui n’est désormais plus pris en charge par des professionnels de santé et qui rencontre des difficultés pour demander de l’aide. "Je ne veux pas montrer mes faiblesses, je veux garder l’apparence d’une personne forte."

"Désormais, je me sens bien dans ma peau"

"Aujourd’hui, je suis autonome, mais je suis limité, donc je m’adapte. Je ne peux pas marcher pendant longtemps, donc je prévois toujours un temps de repos. J’ai appris à vivre avec ma condition physique. Désormais, je me sens bien dans ma peau, pas uniquement car je vis dans le sud, même si j’ai toujours du mal à gérer mes émotions (tristesse, colère) qui sont multipliées par dix. J’ai réussi à écrire un livre relatant mon histoire (L'Éveil et Rugissement). Cet exercice m’a retiré un poids, ça m’a fait du bien. Et surtout, je me rends compte que mon livre peut aider les proches des patients, dans le même état, à comprendre ce que l’on ressent. J’espère qu’il va pouvoir donner de l’espoir aux soignants et familles dans cette épreuve, car rien n’est impossible !"

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