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Pendant la crise Covid, combien de cancers ont échappé aux radars ?

Une équipe internationale de chercheurs a, pour la première fois, examiné l'impact de l’épidémie de coronavirus sur le diagnostic de cancers dans sept pays.

Pendant la crise Covid, combien de cancers ont échappé aux radars ? Adrian Vidal/iStock




L'ESSENTIEL
  • Entre avril et décembre 2020, environ 55.000 cancers attendus n'ont pas été diagnostiqués dans sept pays à revenu élevé (Australie, Canada, Danemark, Irlande, Nouvelle-Zélande, Norvège et Royaume-Uni), ce qui représente une baisse d'environ 16 % des diagnostics attendus.
  • Les plus fortes diminutions de diagnostic ont concerné le cancer de la prostate, le cancer du sein et le mélanome cutané.
  • Une surveillance continue est indispensable pour déterminer si ces cas de cancer non diagnostiqués l'ont été ultérieurement et si l'évolution à long terme est affectée.

La pandémie de Covid-19 a eu un impact sur les services de cancérologie à l’échelle mondiale. Une question se pose alors : combien de cas de cancers sont passés inaperçus pendant cette période ? Pour y répondre, des scientifiques du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) ont mené une étude dans le cadre du Partenariat international d’analyse comparative du cancer.

Afin d’évaluer l’incidence et le stade des cancers à l’échelle internationale, l’équipe a passé en revue les données des registres de cancers, portant sur 2,6 millions de personnes ayant reçu un diagnostic de cancer du côlon, du rectum, du poumon, de la prostate, du sein, de l’ovaire ou de mélanome, entre le 1er janvier 2015 et le 31 décembre 2020. Les patients venaient d’Australie, du Canada, du Danemark, de l’Irlande, de la Nouvelle-Zélande, de la Norvège et du Royaume-Uni. Les chercheurs ont comparé le nombre de cas diagnostiqués pour les sept cancers pendant la pandémie au nombre attendu d’après les tendances avant l’épidémie.

Pandémie de Covid-19 : plus de 55.000 cas de cancer n'ont pas été diagnostiqués

Les résultats, publiés dans la revue The Lancet Oncology, montrent qu'entre avril et décembre 2020, 16 % des diagnostics de cancer attendus n'ont pas été enregistrés. Au cours des neuf premiers mois de la pandémie, 55.713 cas sur 347.666 attendus n'ont pas été recensés. Les baisses les plus importantes ont été observées pour le cancer de la prostate (24 %), le cancer du sein (18 %) et le mélanome (18 %). Les cancers du poumon (8 %) et de l'ovaire (4 %) ont été moins touchés. Les réductions d'incidence (nombre de nouveaux cas d'une maladie) ont été les plus importantes entre le 1er avril et le 31 juillet 2020, les premiers mois de confinement, comparé à la période du 1er août au 31 décembre.

"La suspension temporaire des programmes de dépistage et l'accès réduit aux consultations de médecine générale auraient contribué à la baisse des diagnostics, notamment pour les cancers du sein, colorectal, de la prostate et de la peau. La crainte de contracter la Covid-19 a également pu dissuader certaines personnes de consulter un médecin en cas de symptômes précoces", ont expliqué les auteurs.

Le Royaume-Uni est plus touché

La plus grande différence entre les taux d'incidence observés et prévus pour le cancer de la prostate a été constatée au Royaume-Uni (164,9 pour 100.000 personnes-années prévues contre 101,4 pour 100.000 personnes-années observées), tandis qu'en Norvège et en Nouvelle-Zélande, les perturbations ont été moins importantes. Plus précisément, les déficits en pourcentage entre les cas observés et prévus étaient de 54 % (Royaume-Uni) et de 36 % (Irlande) pour le cancer de la prostate, de 40 % (Royaume-Uni) et de 34 % (Irlande) pour le cancer du sein, et de 40 % (Royaume-Uni) et de 35 % (Canada) pour le mélanome.

Selon les scientifiques, les différences entre les pays pourraient refléter des variations dans la résilience des systèmes de santé, les réponses et la communication en matière de santé publique, l'accès aux soins primaires et la continuité des services de dépistage et de diagnostic du cancer pendant la pandémie.

Cancer : un suivi pour évaluer l'impact à long terme de la pandémie

Malgré la forte diminution des diagnostics, l'étude a mis en évidence très peu d'éléments indiquant une augmentation immédiate des diagnostics de cancers à un stade plus avancé en 2020. "Toutefois, les conséquences à long terme restent incertaines. Un suivi continu est indispensable pour déterminer si les retards de diagnostic auront une incidence sur l'évolution et la survie des patients dans les années à venir." D’après les chercheurs, ces résultats soulignent l’importance de maintenir les services de cancérologie lors de futures urgences de santé publique et de renforcer la préparation des systèmes de santé afin de minimiser les perturbations du diagnostic et du traitement et de préserver la qualité de vie des personnes atteintes de cancer.

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