- Surnommé le "patient d’Oslo", un norvégien de 63 ans, séropositif et souffrant du syndrome myélodysplasique, n’a plus de trace détectable du VIH et du cancer après une greffe de cellules souches.
- La greffe provenait de son frère, porteur d’une mutation du gène CCR5 qui empêche le VIH d’entrer dans les cellules.
- Pour l’heure, cette procédure, qui a "complètement remplacé" le système immunitaire du patient par celui du donneur, est lourde, risquée et utilisée uniquement pour traiter un cancer du sang.
Jusqu’à présent, seuls quelques cas de rémission du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) ont été rapportés après une greffe de cellules souches hématopoïétiques allogéniques, impliquant principalement des donneurs porteurs d’une mutation spécifique du gène CCR5, qui confère une résistante au VIH.
Mais, ce 13 avril, des médecins norvégiens ont rapporté le cas exceptionnel d’un homme de 63 ans qui a guéri en même temps du cancer et du VIH. Le "patient d’Oslo" vivait avec le VIH depuis 2006. En 2017, il avait reçu un diagnostic de syndrome myélodysplasique, un cancer du sang mortel. Pour traiter les deux pathologies, les praticiens avaient recherché un donneur compatible. N'ayant pu trouver de donneur compatible, ils ont choisi le frère aîné du patient.
VIH, cancer : le système immunitaire du patient "complètement remplacé" par celui du donneur
En 2020, le jour de la greffe de cellules souches, les professionnels ont découvert que le frère aîné du sexagénaire était porteur de la mutation du gène CCR5, qui empêche le VIH de pénétrer dans les cellules de l'organisme. "Nous n'en avions aucune idée… C'était incroyable. C'était comme gagner deux fois au loto", a déclaré, à l'AFP, le docteur Anders Eivind Myhre, de l'hôpital universitaire d'Oslo et auteur principal du rapport de cas publiés dans la revue Nature Microbiology. Après l’intervention, les médecins ont fait des examens approfondis, en analysant la présence de virus et les réponses immunitaires dans les échantillons de sang, d’intestin et de moelle osseuse du patient. Selon l’étude, les analyses ont montré que le système sanguin et immunitaire du sexagénaire a été entièrement remplacé par celui du donneur. "C'est la première fois qu'un tel phénomène est observé dans la moelle osseuse et l'intestin d'un patient guéri", a indiqué Marius Troseid.
"Nous sommes quasiment certains qu'il est guéri"
Au bout de 24 mois, le traitement antirétroviral, qui réduit la charge virale, a été interrompu. Quatre ans après la greffe de cellules souches hématopoïétiques, aucune trace d'ADN du VIH intact n'a été détectée dans le sang ni dans les biopsies intestinales. "On n'a observé ni virus capable de se répliquer ni réponse des lymphocytes T spécifiques du VIH, et la réponse des anticorps anti-VIH a progressivement diminué. (…) En pratique, nous sommes quasiment certains qu'il est guéri", ont précisé les médecins. Le "patient d'Oslo" est ainsi le dernier d'une dizaine de personnes dans le monde à être entré en rémission durable du VIH après une greffe réalisée pour traiter un cancer du sang sans lien avec le virus.
Cette procédure de greffe, douloureuse et potentiellement dangereuse, est réservée aux personnes atteintes à la fois du VIH et d'un cancer du sang mortel. Elle n'est donc pas envisageable pour les millions de personnes vivant avec le virus dans le monde. Cependant, les chercheurs pensent que l'étude de ces cas rares permettra de mieux comprendre le fonctionnement du VIH, dans l'espoir de trouver un traitement curatif pour tous les malades.




