- Le biais partisan ne dépend pas seulement de l’information.
- Il est aussi lié à nos motivations psychologiques.
- Cela complique la lutte contre la désinformation.
"Pourquoi croyons-nous plus facilement ce qui conforte nos opinions ?" Au lendemain des élections municipales en France, à l’heure des fake news et de la polarisation des opinions, une étude américaine publiée dans la revue Psychological Science révèle que nos biais cognitifs ne viennent pas seulement de l’information que nous consommons, mais aussi de nos motivations profondes.
Biais politiques : et si notre cerveau nous trompait ?
Le rôle du partisanisme dans la désinformation est bien connu, qu’il s’agisse du Covid-19 ou du Brexit. Mais d’où vient réellement ce biais ? "C’est un débat ancien en psychologie sociale : savoir si cela relève de processus cognitifs de base ou de processus motivationnels", explique Tyler Hubeny, chercheur à l’Université du Texas à Austin, dans un communiqué. Deux hypothèses s’affrontent : soit nos croyances dépendent des informations auxquelles nous sommes exposés, soit nos désirs influencent directement notre perception de la "vérité".
Pour trancher, les chercheurs ont mené une expérience sur plus de 600 Américains. Les participants ont été répartis aléatoirement en "Team Spain", "Team Greece" ou sans groupe, via un faux test de personnalité. "Nous leur avons donné un test fictif, comme ceux que l’on voit sur Buzzfeed", précise le chercheur. Objectif : éliminer toute différence de connaissances entre les groupes. Les participants devaient ensuite juger la véracité d’affirmations favorables à leur équipe ou à l’équipe adverse.
Résultat : même sans historique politique, un biais est apparu. "Les gens acceptaient plus facilement les informations favorables à leur groupe et rejetaient celles qui lui étaient défavorables", observe Tyler Hubeny. Les scientifiques ont montré que ce biais ne venait pas d’un manque d’information, mais d’un seuil d’acceptation influencé par l’appartenance au groupe. Autrement dit, nous ne cherchons pas seulement la vérité : nous cherchons une vérité qui nous arrange.
"Ce n’est pas seulement une question de faits"
Ces résultats remettent en question une idée répandue. "On pense souvent qu’il suffit de partager les mêmes informations pour réduire la désinformation", note Hubeny. Mais en réalité, "ce n’est pas seulement une question de faits". Le chercheur appelle désormais à explorer les mécanismes du "raisonnement motivé" – le processus mental par lequel les individus accèdent à leurs croyances, les construisent et les évaluent en réponse à de nouvelles informations ou expériences – pour développer de nouvelles stratégies contre la désinformation.


