- Des chercheurs ont mis au point deux nouveaux modèles pour mieux évaluer le risque de listériose pendant la grossesse lorsqu’une femme consomme un aliment contaminé.
- Pour cela, ils utilisent l’infection cérébrale du fœtus qui est actuellement, selon eux, l’indicateur du risque de mortinaissance le plus précis et fiable.
- Les chercheurs appellent à adapter les politiques de sécurité alimentaire aux populations à risque.
Pendant la grossesse, l’alimentation change. Nombre de produits sont interdits à cause du risque d’infection par la bactérie Listeria. Les femmes enceinte doivent notamment éviter les produits laitiers non pasteurisés, la charcuterie, les graines germées crues comme le soja, le poisson fumé ou cru, les crustacés, le surimi, le tarama, la viande crue ou insuffisamment cuite, ainsi que les végétaux peu cuits ou mal lavés.
La Listeria, une bactérie mortelle pour le fœtus
Chez les personnes en bonne santé, l’infection par la Listeria n’entraîne généralement pas de symptômes ou, en cas de forte contamination, une gastro-entérite. Mais, selon l’Assurance maladie, cette bactérie peut être très grave chez les personnes immunodéprimées et les femmes enceintes. Chez ces dernières, elle peut provoquer un avortement spontané, un accouchement prématuré ou une mortinaissance.
Malgré ces risques, les modèles scientifiques utilisés pour définir les politiques de sécurité alimentaire ne sont généralement pas conçus pour les femmes enceintes spécifiquement. Ils reposent sur les données issues de la population générale ou de populations immunodéprimées.
Dans une nouvelle étude, bientôt publiée dans la revue Risk Analysis, des scientifiques ont voulu remédier à cette situation. Pour cela, ils ont mis au point deux nouveaux modèles pour évaluer le risque de listériose : l’un pour l’infection maternelle et l’autre pour la mortinaissance.
Des modèles de prédiction du risque plus précis et fiables
Ces deux modèles sont dits de “dose-réponse”, ce qui signifie qu’ils sont capables d’estimer le risque d’infection en fonction de la quantité de bactéries ingérées par la femme enceinte. Les seuils ont été déterminés à partir d’études animales ayant analysé la réaction de femelles gestantes à différentes quantités de bactéries.
Dans le premier modèle, ce sont les risques de santé pour la mère qui sont évalués, alors que le 2ème estime le risque de mortinaissance. Pour ce dernier, les scientifiques ont utilisé l’infection cérébrale du fœtus comme critère, ce qui leur a permis de considérablement améliorer la précision de leur modèle. Selon eux, l’infection cérébrale est actuellement l’indicateur le plus précis et le plus fiable du risque de mortinaissance.
Forts de ces résultats, les chercheurs appellent à mieux adapter les politiques de sécurité alimentaire aux populations à risque. “Les agences de santé publique devraient utiliser des modèles spécifiques à la population comme celui-ci lors de l'élaboration de recommandations en matière de sécurité alimentaire, plutôt que d'appliquer des estimations génériques, indique Jade Mitchell, l’une des auteures, dans un communiqué. Face à la persistance des épidémies de listériose, disposer d'outils d'évaluation des risques plus précis permettra d'élaborer des politiques de sécurité alimentaire plus éclairées et plus protectrices.”
Selon l’Institut Pasteur, il y a environ 30 à 50 cas de formes materno-néonatales de listériose en France chaque année.


