- L’hexane est un solvant issu du pétrole, omniprésent dans l’agroalimentaire.
- Classé comme neurotoxique, il suscite de fortes inquiétudes sanitaires.
- Une mission parlementaire appelle à mieux informer les consommateurs.
Vous mangez bio ? Tant mieux pour vous, car sinon, il y a de fortes chances que vous consommiez régulièrement de l’hexane sans le savoir. Ce solvant issu du pétrole, utilisé pour extraire l’huile de graines comme le soja ou le tournesol, est aujourd’hui au cœur d’une vive controverse politique et scientifique.
Un hydrocarbure partout dans l’alimentation
Une mission parlementaire, menée par les députés Richard Ramos (MoDem) et Julien Gabarron (RN), vient de rendre un rapport appelant à "imposer immédiatement l’information" des consommateurs et à soutenir des alternatives contre ce "produit dangereux", d’après les informations de l’AFP reprises par divers quotidiens. La réglementation européenne actuelle est, selon les élus, "lacunaire et obsolète". L’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a été saisie pour réévaluer cette substance, mais ses conclusions ne sont pas attendues avant 2027.
Utilisé depuis les années 1930, l’hexane permet d’obtenir jusqu’à 97 % de l’huile contenue dans les graines, un rendement bien supérieur à la simple pression mécanique. Bon marché et efficace, il est largement présent dans les produits industriels : œufs, beurre, gâteaux, mayonnaises, laits infantiles, compléments alimentaires, et même des viandes d’animaux nourris avec des tourteaux (les résidus des graines traitées).
Un solvant neurotoxique avéré
Sauf que l’hexane est aussi un "neurotoxique avéré", comme l’a classé l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA). Il affecte le système nerveux, altère la fertilité et pourrait être lié à des neuropathies voire à la maladie de Parkinson. "C’est un hydrocarbure assez proche du white spirit", alertait récemment le journaliste Guillaume Coudray, auteur de De l’essence dans nos assiettes (Ed. La Découverte), cité par France Info. Le principal problème ? L’hexane étant classé comme "auxiliaire technologique", sa présence n’est pas mentionnée sur les étiquettes. "Pour le consommateur, il n’y a aucun moyen de savoir", regrette l’expert.
Du côté des industriels, la riposte est claire : la Fédération nationale des industries de corps gras dénonce un rapport "inutilement anxiogène" et affirme qu'"il n’y a aucune alerte sanitaire". Pourtant, selon le rapport, si l’hexane est "éliminé à plus de 99,9 % de l’huile brute et des tourteaux, [cela] ne peut toutefois empêcher la présence de résidus dans des produits alimentaires".


