- En réduisant les niveaux de sel dans les baguettes et les pains, l’apport quotidien en sel pourrait baisser de 0,35 gramme par personne, ce qui diminue la pression artérielle.
- Des objectifs de réduction de sel atteints se traduiraient par une baisse annuelle estimée des décès de 0,18 % et des hospitalisations pour des maladies cardiovasculaires et cérébrovasculaires.
- Ainsi, de légers ajustements de la teneur en sel de certains aliments ne nécessiteraient aucun effort de la part des Français pour modifier leurs habitudes alimentaires, tout en pouvant engendrer des bénéfices significatifs pour la santé publique.
On le sait : une consommation excessive de sodium est un facteur de risque modifiable clé de l'hypertension et des maladies cardiovasculaires. Malgré la recommandation de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) de limiter la consommation de sel à moins de 5 g par jour, la consommation mondiale moyenne est de 10,8 g par jour. En France, la consommation quotidienne moyenne de sel était de 8,1 g en 2015 (9,2 g chez les hommes et 7,1 g chez les femmes), plus de 90 % des adultes dépassant le seuil recommandé, selon des chercheurs français.
Pour remédier à cette situation, de nombreux pays ont mis en œuvre des stratégies de réduction du sel. En France, le Programme national nutrition santé 4 s'est fixé pour objectif de réduire la consommation de sel de 30 %. "Le pain, en particulier la baguette française, est un aliment central sur le plan culturel et nutritionnel en France, avec une consommation quotidienne moyenne de 115 g par adulte. En 2015, le pain français traditionnel contenait 1,7 g de sel pour 100 g, ce qui représentait environ 2 g de sel par jour, soit environ 25 % de l'apport quotidien total. En mars 2022, un accord volontaire a été signé entre les ministres de la Santé et de l'Alimentation et les représentants du secteur de la boulangerie afin de réduire progressivement la teneur en sel du pain d'ici 2025."
Maladies cardiovasculaires : moins de risque grâce à une diminution de la teneur en sel des baguettes et du pain
Dans une étude, parue dans la revue Hypertension, des scientifiques ont voulu estimer le potentiel impact sur la population générale si ces objectifs étaient atteints. Pour cela, ils ont utilisé des données nationales et un modèle mathématique. Ce dernier permettait d’évaluer le nombre de cas de maladies cardiovasculaires et cérébrovasculaires (affections touchant à la fois le cœur et les vaisseaux sanguins du cerveau), de maladies rénales et de démence qui pourraient être évités. L'analyse a montré qu'une diminution de la teneur en sel des baguettes et du pain réduirait l'apport quotidien de 0,35 g par personne, entraînant une légère baisse de la pression artérielle au sein de la population.
Selon les données, les hommes ont tiré le plus grand bénéfice, tous groupes d'âge confondus, avec une réduction de 0,87 % des maladies cardiovasculaires et des AVC chez les hommes. Plus précisément, les auteurs ont constaté qu’un respect total des réductions de sel se traduirait par une baisse annuelle estimée des décès de 0,18 %, une diminution de 1,04 % des hospitalisations pour cardiopathie ischémique, de 1,05 % des admissions pour accident vasculaire cérébral hémorragique et de 0,88 % des hospitalisations pour accident vasculaire cérébral ischémique.
"Personne ne s'était rendu compte que le pain contenait moins de sel"
"Cette mesure de réduction de la teneur en sel est passée totalement inaperçue auprès de la population française : personne ne s'était rendu compte que le pain contenait moins de sel. Nos travaux montrent que la reformulation des produits alimentaires, même par de petits changements imperceptibles, peut avoir un impact significatif sur la santé publique. Ils soulignent la nécessité d'une collaboration entre les politiciens, l'industrie et les professionnels de santé", a déclaré Clémence Grave, épidémiologiste et médecin de santé publique à l'Agence nationale de santé publique.
Des résultats, similaires ont été observés au Royaume-Uni. Une recherche menée sur le territoire a révélé que si les objectifs de réduction du sel, dans les plats préparés emballés et les plats à emporter, fixés pour 2024 permettaient de réduire l'apport quotidien en sel de 17,5 %, cela pourrait potentiellement prévenir environ 100.000 cas de cardiopathie ischémique et 25.000 accidents vasculaires cérébraux ischémiques sur 20 ans.



