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Des cas de cancer précoces

Cancer colorectal chez les jeunes: cette bactérie expliquerait l’explosion des cas

La colibactine, une toxine liée à Escherichia coli, pourrait engendrer des mutations dans l'ADN, très tôt dans la vie. À l'âge adulte, elles seraient impliquées dans l'apparition de cas précoces de cancer colorectal. 

Cancer colorectal chez les jeunes: cette bactérie expliquerait l’explosion des cas Panuwat Dangsungnoen/ISTOCK

  • Publié le 14.03.2026 à 07h55
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Le cancer colorectal touche de plus en plus de jeunes. S’il reste plus fréquent chez les plus de 50 ans, le nombre de cas augmente régulièrement chez les personnes jeunes : d’après une étude des Hôpitaux Universitaires de Genève, la hausse est d’environ 0,5 % par an chez les moins de 50 ans. En Californie, une équipe de recherche s’est intéressée aux facteurs pouvant expliquer cette hausse. Dans Nature, ils expliquent avoir identifié un "agent microbien" potentiellement à l'origine de cette augmentation des cancers colorectaux précoces : la colibactine, produite par certaines souches d'Escherichia coli. 

La colibactine, responsable de mutations de l'ADN liées au cancer colorectal 

"Notre objectif initial était d'examiner les tendances mondiales du cancer colorectal afin de comprendre pourquoi certains pays présentent des taux beaucoup plus élevés que d’autres, précise Marcos Díaz-Gay, co-auteur de l’étude. Mais en analysant les données, l'une des découvertes les plus intéressantes et frappantes a été la fréquence d'apparition des mutations liées à la colibactine dans les cas de cancer colorectal à apparition précoce."

Avec son équipe, il a analysé 981 génomes de cancers colorectaux de patients atteints de la maladie, issus de 11 pays différents. "Les résultats montrent que la colibactine laisse des empreintes génétiques spécifiques, caractérisées par des mutations de l'ADN 3,3 fois plus fréquentes chez les personnes atteintes d'une forme précoce de la maladie (en particulier chez les adultes de moins de 40 ans) que chez celles diagnostiquées après 70 ans, constatent les auteurs. Ces mutations sont également particulièrement répandues dans les pays présentant une forte incidence de formes précoces."

Cancer colorectal : des bactéries présentes dès le plus jeune âge

Selon eux, ces mutations de l’ADN pourraient démontrer que l'exposition précoce à la colibactine serait un facteur déterminant de l'apparition précoce de la maladie. Des travaux précédents ont déjà identifié des liens entre la colibactine et les cancers colorectaux, mais son rôle dans les cancers dits précoces n’avait pas été étudié. Or, des études précédentes ont démontré que les mutations liées à la colibactine se produisent au cours des dix premières années de vie. "Si une personne acquiert l'une de ces mutations motrices avant l'âge de 10 ans , elle pourrait développer un cancer colorectal plusieurs décennies plus tôt, à 40 ans au lieu de 60", estime Ludmil Alexandrov, l’un des auteurs principaux. Les bactéries productrices de colibactine seraient capables de coloniser le côlon des enfants, de manière asymptomatique, mais en induisant des modifications moléculaires dans l’ADN, potentiellement favorables à un cancer colorectal plus tard dans la vie. 

Cancer colorectal : un futur test pour réduire le risque de cas précoce 

Pour les auteurs, majoritairement issus de l’université de San Diego, ces résultats pourraient avoir des implications préoccupantes. "Autrefois considéré comme une maladie des personnes âgées, le cancer colorectal est désormais en augmentation chez les jeunes dans au moins 27 pays, précisent-ils. Son incidence chez les adultes de moins de 50 ans a quasiment doublé tous les dix ans au cours des 20 dernières années. Si les tendances actuelles se maintiennent, le cancer colorectal devrait devenir la première cause de décès par cancer chez les jeunes adultes d'ici 2030."

L’équipe travaille désormais sur l’exposition des enfants aux bactéries productrices de colibactine. Elle souhaite également comprendre si des traitements probiotiques pourraient éliminer les bactéries nocives pour éviter les mutations de l’ADN. En parallèle, les scientifiques développent des tests de dépistage permettant de rechercher les mutations liées à la colibactine dans les selles. 

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