- La médecine esthétique attire de plus en plus de jeunes Français.
- Les réseaux sociaux jouent un rôle clé dans cette tendance.
- Injections, peelings, lasers : certains actes "ne peuvent être réalisés que par un médecin, souvent avec une spécialisation".
Visage plus lisse, nez retroussé, bouche repulpée... La médecine esthétique - des injections d’acide hyaluronique au botox en passant par la chirurgie - s’ancre aujourd’hui dans le quotidien des Français, en particulier chez les jeunes femmes. Mais cette banalisation soulève de vives inquiétudes, selon une enquête réalisée par Norstat à l’occasion du congrès international de médecine esthétique, tenu le jeudi 29 janvier.
Une banalisation des actes médicaux esthétiques
D’après les chiffres révélés par BFMTV, 40 % des Français ont déjà eu recours ou envisagé une intervention d’ordre esthétique. Ce chiffre grimpe à 52 % chez les femmes de 18 à 35 ans. La moyenne d'âge des patients est passée de 48 ans en 2018 à 42 ans en 2024, reflet d’une clientèle de plus en plus jeune. Le docteur Florent Bonnet, chirurgien plasticien esthétique à Dijon, note même que "un tiers de ses patients ont entre 18 et 35 ans". RMC rapporte qu’il a reçu une adolescente de 16 ans désireuse d’une rhinoplastie : "Je vois une petite bosse qui me dérange", explique-t-elle. Une demande banale aujourd’hui, selon le spécialiste, influencée par les normes des réseaux sociaux.
L’influence d’Instagram et TikTok est pointée du doigt par les professionnels. Pour 38 % des sondés, la banalisation des actes médicaux sur ces plateformes est le "principal problème" du secteur. Face au refus d'opérer de certains chirurgiens, de plus en plus de jeunes femmes se tournent vers la clandestinité. Le docteur Anne Grand-Vincent, citée par BFMTV, dénonce les "fake-injectors", très actifs sur les réseaux sociaux, qui "utilisent des produits non traçables" et agissent en dehors de tout cadre médical. Il y a même des comptes qui proposent des liposuccions ou des opérations mammaires clandestines. Près d’un quart des Français s’inquiètent de la multiplication des pratiques illégales, qui ont bondi ces dernières années.
Infections et complications esthétiques irréversibles
Le ministère de la Santé rappelle que la médecine esthétique "n’est pas dénuée de risque pour la santé" si elle n’est pas réalisée par un professionnel de santé. L’ARS Centre-Val de Loire précise que certains gestes esthétiques comme les injections de toxine botulique (botox), d’acide hyaluronique, les peelings profonds, les lasers médicaux ou encore le micro-needling "ne peuvent être réalisés que par un médecin, souvent avec une spécialisation en dermatologie, chirurgie plastique ou médecine esthétique". Au risque, sinon, d’infections graves (abcès, septicémies, hépatites) ou de complications esthétiques irréversibles (nécroses, cicatrices, asymétries).
La demande de régulation est forte : selon l’enquête Norstat, 61 % des Français souhaitent la création d’un label pour identifier les praticiens qualifiés, un chiffre qui grimpe à 65 % chez les femmes. Quant à la communication sur les actes esthétiques, 80 % estiment qu’elle devrait être réservée aux professionnels de santé. Enfin, 70 % des sondés suggèrent d’élargir la pratique des injections à d’autres médecins compétents pour désengorger certaines spécialités en tension (chirurgie plastique, réparatrice, dermatologie...).


