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Cancer du sein : «Un reste à charge moyen de plus de 1.500 euros subsiste pour les femmes»

Dans un rapport, la Cour des comptes met en avant les "lacunes" de la prise en charge du cancer du sein, première cause de mortalité par cancer féminin.

Cancer du sein : \ DragonImages/iStock




L'ESSENTIEL
  • Bien que l’efficacité du dépistage organisé pour réduire de la mortalité liée au cancer du sein soit établie, la participation demeure insuffisante et en recul.
  • La Cour des comptes pointe du doigt le dépistage individuel, "qui ne présente pas les mêmes garanties de qualité" et favorise les dépassements d’honoraires.
  • Selon son rapport, les patientes suivant un traitement pour un cancer du sein ont en moyenne un reste à charge de 1.500 euros.

Quel est l’impact des dépassements d’honoraires sur l’accès aux soins en cas de cancer du sein ? Quelles sont les dépenses de santé des patientes ? Ce sont les questions abordées par le récent rapport de la Cour des comptes, saisi par le président de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale. Dans le cadre de l’étude, les experts ont examiné les données du dépistage organisé du cancer du sein (mis en place en 2004 pour prévenir la maladie), l’organisation et la qualité des prises en charge médicales et chirurgicales, l’accès aux innovations thérapeutiques et aux études cliniques, les potentielles inégalités territoriales et sociales, l’accompagnement dans la phase d’après-cancer (soins de support, reste à charge et conséquences professionnelles).

Dépistage organisé du cancer du sein : "un taux de recours inférieur à la moitié de la population cible"

Selon l’analyse, la participation au dépistage organisé du cancer du sein, destinée aux femmes âgées de 50 à 74 ans, demeure insuffisante et en recul, "avec un taux de recours inférieur à la moitié de la population cible." La Cour des comptes évoque une offre inégalement répartie sur le territoire, avec des écarts d’accessibilité liés à la densité de radiologues et aux délais d’obtention des rendez-vous. Malgré la gratuité du dispositif, ces situations favorisent un renoncement plus fréquent au dépistage organisé dans certains territoires et pour certaines catégories de femmes. Ces inégalités "s’inscrivent également dans un contexte de concurrence du dépistage individuel, qui ne présente pas les mêmes garanties de qualité" et entraîne des dépassements d’honoraires. Autre point souligné par le rapport : une forte progression des dépenses. "Les dépenses supportées par l’Assurance Maladie pour sa prise en charge se sont élevées à près de 4,7 milliards d'euros en 2023, en hausse marquée par rapport à 2015 (2,8 milliards d'euros), principalement sous l’effet de la hausse des dépenses de médicaments et d’hospitalisation." L’étude met aussi en avant des résultats insuffisants pour la qualité et la sécurité des soins.

Après-cancer : un "reste à charge de 1.500 euros" accentué par les inégalités territoriales et sociales

En ce qui concerne la phase d’après-cancer, elle ne reste pas assez structurée pour répondre pleinement aux besoins des femmes traitées pour un cancer du sein. Et pour cause : "cinq ans après le diagnostic, une large majorité des patientes continue de présenter des troubles physiques ou psychologiques." Ces séquelles impactent la vie sociale et professionnelle des patientes. "Sur le plan financier, si le dispositif d’affection de longue durée limite le reste à charge pendant la phase active des traitements, un reste à charge moyen de plus de 1.500 euros subsiste pour les femmes après remboursement par l’Assurance Maladie obligatoire. Ce reste à charge peut être accentué si sont prises en compte d’autres dépenses induites par la maladie."

En outre, les inégalités contribuent au renoncement des soins. D’après les données, les patientes vivant dans des zones ruraux ou faiblement dotés en offre de soins déclarent plus fréquemment abandonner aux soins de support, en raison de l’éloignement géographique, de l’insuffisance de l’offre locale ou du coût restant à leur charge, tandis que celles vivant dans les zones urbaines les plus favorisées disposent d’un accès plus large aux dispositifs hospitaliers et associatifs. "Les femmes les plus précaires sont davantage exposées à une dégradation de leur qualité de vie, à des difficultés de suivi médical et à des obstacles dans l’accès aux soins complémentaires."

Faute de caractère obligatoire et de coordination systématique entre l’hôpital et la médecine de ville, les outils destinés à structurer le suivi post-thérapeutique demeurent inégalement mis en œuvre. Quant à la prescription de l’activité physique adaptée, qui réduit la fatigue et prévient les récidives, "reste encore marginalement déployée."

Interdire les dépassements d’honoraires

Selon la Cour des comptes, il est nécessaire de renforcer l’adhésion au dispositif organisé, "en conditionnant la pratique de l’imagerie sénologique à la participation au programme, et d’anticiper ses évolutions. Le développement des outils numériques et de l’intelligence artificielle ouvre des perspectives en matière d’organisation du dépistage." Elle suggère également d’interdire les dépassements d’honoraires pour les mammographies et échographies. L’institution souligne aussi l’importance d’un relèvement des seuils d’activité chirurgicale et d’un approfondissement des coopérations entre établissements, afin d’améliorer la qualité, la sécurité et l’efficience de la prise en charge du cancer du sein.

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