- La dissociation est une réaction normale à un traumatisme, mais peut devenir un trouble handicapant.
- Elle reste méconnue et sous-diagnostiquée.
- Des traitements spécifiques permettent pourtant d’en atténuer les effets.
Souvent banalisée ou caricaturée, le trouble dissociatif reste l’un des troubles psychiques les plus méconnus. Il touche pourtant des millions de personnes, et peut avoir un impact profond sur la mémoire, l’identité ou encore la perception du monde. Un nouvel ouvrage collectif, Working with Dissociation in Clinical Practice, tente de lever un peu plus le mystère sur cette réaction d’adaptation au traumatisme.
Un mécanisme de survie face à une réalité insupportable
"La dissociation est actuellement comprise comme une défense adaptative face à un traumatisme accablant", expliquent ses auteurs, Helena Crockford, Melanie Goodwin et Paul Langthorne, dans un communiqué. Elle permet à l’esprit de se déconnecter partiellement d’une réalité trop douloureuse, insupportable, comme un réflexe de survie. Il ne s’agit pas de simple rêverie ou de distraction passagère : la dissociation peut devenir chronique et altérer la vie quotidienne, notamment chez les personnes ayant vécu des traumatismes précoces sans soutien affectif sécurisant.
Selon les recherches, jusqu'à 4,1 % de la population pourrait souffrir d’un trouble dissociatif, dont 1,5 % de trouble dissociatif de l’identité. Des études montrent également que la dissociation est souvent associée à d’autres troubles psychiques, comme les troubles anxieux, de l’humeur ou de la personnalité, ce qui complique encore son diagnostic. Sophie, qui a longtemps vécu "dissociée" après le décès de ses parents dans son enfance, en parlait récemment à Pourquoi Docteur.
Les formes de dissociation peuvent largement varier : sensation de flotter hors de son corps, impression que le monde est "irréel", perte de mémoire ou de repère dans le temps, changements d’identité... Des recherches en neuro-imagerie ont démontré que ces expériences, ces états qui peuvent être d’ordre psychologique ou physique, correspondent à des activations cérébrales bien distinctes, impossibles à simuler. "La dissociation est tout aussi réelle que d’autres troubles mentaux graves, mais reste l’un des moins compris et des plus sous-reconnus", affirment les auteurs.
Traiter le traumatisme "par phases"
Malgré tous ses effets sur la santé mentale, physique et sociale, la dissociation reste souvent ignorée dans les systèmes de soins. Le livre appelle donc à des formations spécifiques pour les professionnels de santé, mais également à des traitements adaptés, basés sur une approche "par phases" du traumatisme, plus efficaces à long terme que les soins habituels. Une psychothérapie bien ciblée, par exemple, peut permettre une réelle amélioration des symptômes, selon les chercheurs. Et de conclure : "Améliorer la reconnaissance et la réponse face à la dissociation bénéficiera non seulement aux patients, mais aussi à leurs proches et à la société dans son ensemble".


