- Une étude a identifié 195 loci génétiques communs susceptibles d’expliquer le risque accru d’ostéoporose chez les patients touchés par la schizophrénie.
- "Tous les os ne présentaient pas les mêmes caractéristiques", selon les chercheurs qui ont découvert le chevauchement génétique le plus important dans la densité minérale osseuse du talon.
- Ils estiment que ces résultats mettant en évidence 59 mécanismes biologiques pourraient avoir des implications pour les stratégies de prévention précoce.
Plusieurs preuves montrent que les personnes atteintes de schizophrénie ont une densité minérale osseuse plus faible, subissent davantage de fractures et présentent une prévalence d’ostéoporose supérieure à celle de la population générale. Cependant, pour l’heure, aucune explication génétique à ce phénomène n’a été réellement donnée. Dans le détail, les précédentes tentatives pour quantifier le chevauchement des milliers de variants génétiques répartis sur les chromosomes, influençant la schizophrénie et l’ostéoporose (deux pathologies fortement héréditaires), ont donné des résultats mitigés.
3 méthodes génomiques complémentaires utilisées
Dans une nouvelle étude, publiée dans la revue Genomic Psychiatry, des scientifiques de l’hôpital général de l'université médicale de Tianjin (Chine) ont voulu se pencher sur la question avec une nouvelle approche. L’équipe a combiné trois méthodes génomiques complémentaires, chacune explorant le chevauchement génétique à une résolution différente. "MiXeR a quantifié le chevauchement polygénique global sur l'ensemble du génome. LAVA a examiné les corrélations génétiques locales au sein de régions chromosomiques spécifiques. Le cadre d'analyse du taux de fausses découvertes conditionnel/conjonctif a permis d'identifier des variants individuels associés simultanément aux deux affections." Pour les travaux, des statistiques sur la schizophrénie, portant sur 130.644 adultes, ont été utilisé. Les données liées à l'ostéoporose portaient sur 8.143 à 426.824 personnes. La densité minérale osseuse a été mesurée sur le corps entier, le rachis lombaire, le col fémoral, l’avant-bras et le talon des participants.
La schizophrénie et l’ostéoporose partagent 195 loci génétiques
Les résultats ont révélé un partage génétique "plus complexe et spécifique à chaque site que prévu. Tous les os ne présentaient pas les mêmes caractéristiques." Dans le détail, la densité minérale osseuse du talon a montré le chevauchement génétique le plus important avec la schizophrénie à différents niveaux d'analyse. Plus précisément, les auteurs ont noté que la schizophrénie et la densité minérale osseuse du talon partageaient 329 variants influençant le trait. Au niveau régional, les analyses ont mis en avant 44 régions génomiques présentant des associations entre la schizophrénie et la densité minérale osseuse du talon.
Au total, 195 loci génétiques (l’endroit précis d’un gène sur un chromosome) communs, susceptibles d’expliquer le risque accru de fractures chez les patients psychiatriques, ont été identifiés. Selon les données, 140 loci génomiques partagés ont été découverts entre la schizophrénie et la densité minérale osseuse du talon, ce qui dépasse nettement ceux observés pour d'autres zones squelettiques. En comparaison, la densité minérale osseuse du corps entier présentait 41 loci partagés, la densité minérale osseuse du rachis lombaire et du col fémoral ne présentait qu'un nombre limité de loci partagés (six et quatre loci). "Aucun locus partagé significatif n'a été détecté entre la schizophrénie et la densité minérale osseuse de l'avant-bras."
59 mécanismes moléculaires mis en évidence
"L'annotation fonctionnelle a transformé les coordonnées génétiques en une signification biologique. Les 195 loci partagés ont été associés à 1.376 gènes codant des protéines, et ces gènes ne se répartissent pas aléatoirement dans les voies biologiques", ont indiqué les chercheurs qui ont identifié 59 mécanismes biologiques significativement surreprésentés. "Le métabolisme des composés organo-azotés arrive en tête de liste." Ces voies régissent le métabolisme des acides aminés et des molécules azotées, des fonctions essentielles à la synthèse des neurotransmetteurs dans le cerveau et à la production de protéines de la matrice osseuse.
"Les mêmes voies moléculaires impliquées dans la signalisation synaptique pourraient également contribuer à la formation de la matrice de collagène dans les tissus squelettiques sains. Le développement des structures anatomiques est apparu en bonne place parmi les termes enrichis. Cette catégorie englobe les programmes génétiques qui guident la formation des tissus pendant le développement embryonnaire et maintiennent l'architecture tissulaire tout au long de la vie. Le cerveau et les os nécessitent tous deux des processus de développement finement orchestrés, et des variants affectant ces programmes pourraient vraisemblablement influencer les deux organes", ont expliqué les scientifiques.
D’après l’équipe, ces résultats pourraient inciter les psychiatres traitant des patients schizophrènes à intégrer les scores de risque génétique pour la santé osseuse dans leur prise de décision clinique. Les personnes porteuses de variants à haut risque sur des loci partagés pourraient bénéficier d'un suivi proactif de leur densité osseuse et d'une intervention plus précoce.



