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667 paires de jumeaux étudiées

L’agressivité est innée chez tous les enfants

Par Afsané Sabouhi

L’agressivité physique chez les tout-petits répond davantage à des facteurs génétiques qu’à l’influence de l’environnement. En revanche, sa persistance obéit à d'autres critères.

NICOLAS JOSE/SIPA

Les enfants n’ont besoin de personne pour apprendre à frapper, mordre ou griffer. Cette agressivité physique, qui atteint souvent son paroxysme vers l’âge de 3 ans, est innée. Une équipe québécoise vient de le démontrer en analysant précisément la part des facteurs génétiques et celle de l’environnement dans les comportements agressifs d’enfants de moins de 5 ans.

 

Pour cette étude publiée dans la revue Psychological Medicine, l’équipe du Groupe de recherche sur l’inadaptation psychosociale chez l’enfant de l’Université de Montréal a suivi 667 paires de jumeaux, vrais et faux, nés entre avril 1995 et décembre 1998. Les mères ont consigné par écrit les manifestations d’agressivité physique telles que les coups de poing et de pied, les morsures et les bagarres, lorsque leurs jumeaux avaient 20, 32 et 50 mois. Les chercheurs ont ensuite confronté ces données à 3 modèles théoriques : une égale influence des facteurs génétiques et environnementaux, la prééminence de l’hérédité et l’idée d’une maturation génétique, c’est-à-dire d’un forte influence initiale de la génétique peu à peu contrebalancée par l’environnement.
C’est cette 3e hypothèse qui s’est révélée la plus proche de la réalité. A 20 et 32 mois, le degré de similarité dans les comportements agressifs était deux fois plus important chez les vrais jumeaux par rapport aux faux, qui ne partagent pas le même patrimoine génétique. « Si l’émergence de l’agressivité est étroitement associée aux facteurs génétiques, le poids des facteurs environnementaux semble devenir plus important à partir de 50 mois », explique le sociologue Eric Lacourse, premier auteur de l’étude.

 

Ecoutez Eric Lacourse, sociologue du Groupe de recherche sur l’inadaptation psychosociale chez l’enfant, Université de Montréal : « L’agressivité entre 1 et 4 ans est un comportement normal, développemental et très volatil. Ce n’est pas parce qu’on est agressif tôt qu’on va le rester. »


 

Les parents ont tendance à blâmer, à tort, la télévision

Lorsque leur petit enfant est agressif, les parents ont souvent tendance à accuser l'environnement et à se reprocher les exemples de comportements agressifs que leur enfant a pu observer autour de lui ou à la télévision. « Notre étude nuance cette influence environnementale et toutes les théories dites de l’apprentissage social, du moins en ce qui concerne l’émergence de l’agressivité », poursuit le spécialiste.

Mais la réponse parentale à cette agressivité innée des tout-petits n’en est pas moins importante. L’environnement exercerait en effet une influence plus tardive, vers 4-5 ans, à l’âge où les enfants sont censés, grâce à leurs parents, parvenir à délaisser l’agressivité pour d’autres formes de communication.

 

Ecoutez Eric Lacourse : « Lorsque les parents sont trop laxistes ou à l’inverse très coercitifs, avec des punitions corporelles en réponse à l’agressivité du tout-petit, elle a tendance à davantage persister dans le temps. »


 

Mais pas question d’y voir une tendance à l’agressivité chronique, qui persisterait jusqu’à l’âge adulte et serait dépistable chez l’enfant. « Aucune des études menées jusqu’ici ne permet de tels pronostics. Nous observons une influence génétique directe sur l’émergence des comportements agressifs et une influence de l’environnement qui semble croissante avec l’âge de l’enfant. Tout le reste, ce sont des études qui restent à mener », affirme le chercheur. Son prochain sujet d’étude est d’ailleurs déjà défini : comment évoluent les comportements agressifs et cette interaction entre facteurs génétiques et environnementaux selon que l’enfant grandit dans un milieu social favorisé ou défavorisé.