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Une hormone produite par le cerveau

La prégnénolone bloquerait l'addiction au cannabis

Par Mathias Germain

Une hormone produite naturellement par l'organisme peut servir de défense contre les effets de dépendance du cannabis. Des chercheurs français ont ouvert cette piste vers un médicament.

Karl Schoendorfer / Rex/REX/SIPA

Une molécule pourrait contrer les effets du cannabis et limiter notamment le phénomène de dépendance. Elle s’appelle la prégnénolone. Cette molécule est une hormone produite naturellement par le cerveau. Elle sert de base à la fabrication de toutes les hormones stéroïdiennes comme la progestérone ou la testostérone. Jusqu’à présent, la prégnénolone était considérée comme un précurseur inactif dont la transformation permet la synthèse de ces hormones. Mais, les chercheurs de l’Inserm viennent de lui découvrir un nouveau rôle : elle serait un mécanisme de défense naturelle contre le cannabis.

Un impact positif sur la mémoire

Il faut savoir que le principe actif du cannabis, le THC, agit sur le cerveau par l'intermédiaire des récepteurs cannabinoïdes CB1 situés sur les neurones. En se fixant sur ces récepteurs, le THC les détourne de leur rôle physiologique qui consiste à réguler la prise alimentaire, le métabolisme, les processus cognitifs et le plaisir. Or une équipe de chercheurs de Bordeaux (Unité Inserm 862, « Neurocentre Magendie ») a constaté que la sur-activation des récepteurs cannabinoides CB1 par des fortes doses de THC - bien supérieures à celles auxquelles est exposé le consommateur régulier - déclenche la synthèse de prégnénolone. Elle se fixe alors sur un site qui lui est spécifique sur les mêmes récepteurs CB1 et diminue ainsi certains des effets du THC.

L’équipe de Bordeaux est allée plus loin en administrant de la prégnénolone à des souris. Selon leurs travaux publiés dans la revue Science, l’administration externe de prégnénolone augmente encore plus le niveau cérébral de cette hormone, et permet ainsi de bloquer les effets néfastes du cannabis. L’injection de prégnénolone à des rats ou des souris, à des doses (entre 2 et 6 mg/kg) qui augmentent encore plus les concentrations cérébrales de cette hormone, permet de bloquer les effets comportementaux négatifs du THC. Par exemple, les animaux ainsi traités récupèrent des capacités mnésiques normales, présentent une sédation plus faible et sont moins motivés pour s’administrer des cannabinoïdes.

Des essais thérapeutiques dans 18 mois
Cependant ces travaux ne sont qu’une première étape vers un médicament. En effet, selon le directeur du Neurocentre Magendie, Pier Vincenzo Piazza, « cette hormone ne pourra pas être utilisée telle quelle comme médicament car elle est mal absorbée et rapidement métabolisée par l'organisme ». Toutefois l’espoir de voir surgir une nouvelle thérapie de la toxicomanie de cette découverte est fort, d’après le chercheur. « Nous avons développé des dérivés de la prégnénolone, appelés C317NMPD, qui sont stables et bien absorbés et qui sont en principe utilisables comme médicament. Nous espérons commencer des essais cliniques bientôt afin de vérifier si nos attentes se confirment et si nous avons véritablement découvert la première thérapie pharmacologique de la dépendance au cannabis ». Les essais pourraient débuter d’ici un an et demi.

Ecouter le Dr Pier-Vincenzo Piazza, neurobiologiste et directeur du Neurocentre magendie à Bordeaux. « On a créé une nouvelle classe de médicament ».

 

Rappelons que l'addiction au cannabis concerne plus de 20 millions de personnes dans le monde et un peu plus d’un demi-million de personnes en France. Elle est devenue ces dernières années l'un des premiers motifs de consultation dans les centres spécialisés dans le soin des addictions. De plus la consommation de cannabis concerne principalement une population particulièrement fragile aux effets néfastes de cette drogue : les 16-24 ans. 30% d'entre eux en consomme, d’après les chiffres de la MILDT.