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Pourquoi les souvenirs dégoûtants sont ceux qui restent le plus en mémoire

Par Virginie Galle

On se souvient souvent très précisément des expériences qui nous ont suscité du dégoût. Voici pourquoi. 

Goran13 /istock.
Une étude vient de démontrer pourquoi on se souvient des expériences inspirant du dégoût avec plus de force que les autres.
Le dégoût sollicite en effet trois sens (toucher, goût et odorat), contre seulement deux pour la plupart des autres événements (vue et ouïe).
Pour démontrer cette théorie, des scientifiques ont demandé à des individus de leur raconter les histoires qui leur ont inspiré le plus de dégoût dans leur vie, de la plus ancienne à la plus récente.

Marcher dans un caca de chien, manger de la nourriture avariée, se trouver coincé derrière un camion poubelle... Des recherches viennent de démontrer pourquoi on se souvient des expériences inspirant du dégoût avec plus de force que les autres : elles sollicitent trois sens (toucher, goût et odorat), contre seulement deux pour la plupart des autres événements (vue et ouïe).

Les expériences suscitant du dégoût sont liées à l'odorat, le goût et le toucher

Pour démontrer cette théorie, des scientifiques ont demandé à des individus de leur raconter les histoires qui leur ont inspiré le plus de dégoût dans leur vie, de la plus ancienne à la plus récente. Ils les ont également interrogés sur leurs expériences "moralement douteuses" et celles ayant provoqué de la peur. Ils ont ensuite demandé aux participants d'évaluer dans quelle mesure leurs sens avaient contribué à se rappeler de l'événement.

"Je me souviens que lorsque je travaillais à obtenir mon diplôme en psychologie, j’ai du me rendre dans une école primaire pour observer des enfants qui jouaient et participaient à une expérience. Malgré tous mes efforts, les enfants ne voulaient pas me laisser tranquille et n'arrêtaient pas de me sauter dessus", raconte par exemple le rédacteur scientifique Russell Moul. "À l'époque, j'avais les cheveux longs. Je me souviens encore d'avoir quitté l'école et d'avoir passé ma main dans mes cheveux qui étaient bizarrement collés. Lorsque je l'ai retirée de mes cheveux, il s'est avéré qu'il s'agissait d'une énorme quantité de morve partiellement séchée provenant de l'un de ces petits garnements. Cela fait 19 ans, et je me souviens encore très bien de la sensation que cela m'a procuré, à la fois dans mes cheveux et dans ma main", explique-t-il.

Le journaliste Tom Hale raconte également : "quand ma sœur avait environ 12 ans, elle a fait de la glace à la noix de coco et a fabriqué une jolie petite boîte pour la présenter. La boîte est restée sur le rebord de la fenêtre de sa chambre pendant des mois, et j’ai un jour décidé du haut de mes six ans de la manger.... J'ai été malade pendant trois jours et encore aujourd’hui, je déteste la noix de coco".

La synthèse de tous ces récits ont montré que les expériences suscitant du dégoût étaient plus étroitement liées à l'odorat, le goût et le toucher. En comparaison, les expériences "moralement douteuses" et effrayantes étaient plus souvent mémorisées via la vue et l'ouïe.

Le dégoût sert à nous aider à éviter les menaces

Par exemple, nous considérons l'odeur, le goût et la texture du lait comme un indicateur de fraîcheur, plutôt que son aspect physique et le bruit qu’il peut faire en coulant dans un verre. À l'inverse, si vous avez été renversé par une voiture, vous vous souviendrez davantage du bruit de son approche que de ce que vous pouviez sentir comme odeur à ce moment-là.

Cette expérience consolide selon les chercheurs l’hypothèse selon laquelle le dégoût sert depuis la nuit des temps à nous aider à éviter les menaces que nous détectons avec le toucher, le goût et l'odorat. Par exemple, sentir que le lait qui est ouvert depuis plusieurs jours dans le frigo n’est plus bon nous aide à ne pas tomber malade en le buvant.