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Santé hépatique

Cirrhose : boire excessivement sur une soirée est ce qu'il y a de pire pour le foie

Par Camille Sabourin

Boire de l'alcool excessivement sur une soirée est plus néfaste pour la santé du foie que de prendre quelques verres dans la semaine et cela augmente les risques de cirrhose.

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Les personnes qui boivent de façon excessive et ont un certain profil génétique sont six fois plus susceptibles de développer une cirrhose liée à l'alcool, selon une nouvelle étude.
Les maladies du foie sont l’une des principales causes de décès prématurés dans le monde. 2 à 3 % de la population mondiale souffrent de cirrhose ou d’une maladie du foie.
Le profil génétique ainsi que la méthode de consommation de l'alcool peuvent être des indicateurs des risques de cirrhose et de maladie du foie.

Boire beaucoup d'alcool sur une soirée est plus mauvais pour le foie que si les verres sont répartis sur la semaine, surtout si on souffre de diabète de type 2 ou si on a une prédisposition génétique à la cirrhose liée à l'alcool. C'est ce que révèle une étude menée par l'University College London (UCL), Royal Free Hospital ainsi que les universités d'Oxford et Cambridge.

Cirrhose : la façon de consommer l'alcool a un impact sur le foie

Les travaux des chercheurs, publiés dans Nature Communications, montrent que la façon dont on boit de l'alcool est un indicateur plus précis du risque de maladie du foie comme la cirrhose que la quantité consommée globale. L'équipe a analysé les dossiers de 312.599 adultes buvant activement, ayant intégré la cohorte UK Biobank pour évaluer l’impact du mode de consommation d’alcool, de la prédisposition génétique et du diabète de type 2 sur la probabilité de développer une cirrhose alcoolique.

Les résultats montrent que les personnes qui se livraient à une consommation excessive d'alcool (au moins 12 unités d'alcool par jour) à un moment précis au cours d'une semaine, étaient trois fois plus susceptibles de développer une cirrhose par rapport à celles qui buvaient cette quantité étalée sur les 7 jours. Le risque pour les individus ayant une prédisposition génétique élevée de développer une cirrhose était quatre fois plus important. Les diabétiques de type 2 ingurgitant beaucoup d'alcool sur une courte durée avaient pour leur part un risque deux fois plus élevé de souffrir d'une maladie du foie.

"Lorsqu’une consommation excessive d’alcool et une prédisposition génétique élevée étaient en jeu, le risque de développer une cirrhose liée à l'alcool était six fois plus élevé que le risque de base. L’ajout du diabète de type 2 entraîne également un risque encore plus élevé", précise le communiqué paru le 14 décembre.

Maladie du foie : plusieurs éléments sont à prendre en compte

Ainsi, pour les scientifiques britanniques, il pourrait être intéressant de prendre en compte le profil génétique (via un score de risque polygénique) des patients comme méthode de définition du risque de maladie personnalisé. Toutefois, leurs travaux démontrent aussi que le mode de consommation de l'alcool a un poids important sur la santé du foie et qu'il doit aussi être évalué lors des consultations.

Le Dr Gautam Mehta de l’UCL et du Royal Free Hospital, auteur principal de l’étude, explique : "même si la génétique joue un rôle, cette recherche souligne que les habitudes de consommation d'alcool sont également un facteur clé. Nos résultats suggèrent, par exemple, qu’il serait plus dommageable de boire 21 unités en une ou deux soirées plutôt que de les répartir uniformément sur une semaine. L’ajout d’informations génétiques - qui pourraient être largement utilisées dans les soins de santé au cours des années à venir - permet une prévision encore plus précise du risque".

Le Dr Steven Bell de l'Université de Cambridge qui a également travaillé sur cette recherche, ajoute : "comme les maladies du foie, en particulier les décès liés à l'alcool, ont connu une augmentation significative depuis le début de la pandémie de la Covid-19, il est impératif que nous adoptions des stratégies innovantes pour faire face à cette crise croissante. Cette étude nous donne de nouveaux outils essentiels pour identifier les personnes les plus à risque, nous permettant ainsi d’orienter les interventions plus efficacement vers ceux qui en bénéficieront le plus".