ACCUEIL > QUESTION D'ACTU > Le stress lié à la pandémie a fait "vieillir" le cerveau des adolescents

Covid-19

Le stress lié à la pandémie a fait "vieillir" le cerveau des adolescents

Par Rafaël Andraud

Une nouvelle étude de l'université de Stanford révèle que le stress dû à la pandémie de Covid-19 et aux confinements a modifié physiquement le cerveau des adolescents, au point de le faire apparaître plus "âgé". 

Natali_Mis/iStock
Les résultats de ces travaux pourraient avoir des retombées importantes pour d'autres études qui ont couvert la pandémie.
Les chercheurs devront tenir compte de ce taux de croissance anormal de certaines zones du cerveau chez les adolescents dans toutes les futures recherches impliquant cette génération.
Ces découvertes pourraient également avoir de graves conséquences plus tard pour toute une génération d'adolescents.

Des chercheurs de l'université de Stanford ont découvert que le stress lié à la pandémie a modifié physiquement le cerveau des adolescents, au point de le faire "vieillir". Leurs structures cérébrales sont apparues plus âgées de plusieurs années comparées à avant la pandémie. Les résultats de leur étude ont été publiés ce jeudi 1er décembre dans Biological Psychiatry : Global Open Science.

La santé mentale des adolescents est moins bonne et leur cerveau plus vieux

"Nous savions déjà que la pandémie a eu des effets néfastes sur la santé mentale des jeunes, mais nous ne savions pas ce qu'elle faisait physiquement à leur cerveau", a déclaré dans un communiqué universitaire Ian Gotlib, professeur de psychologie et directeur du laboratoire de neuro-développement, d'affect et de psychopathologie (SNAP) à l'université de Stanford, qui est le premier auteur de l'étude. Comparés aux adolescents examinés avant la pandémie, les adolescents évalués après les confinements avaient non seulement des problèmes de santé mentale intériorisés plus graves, mais avaient également une épaisseur corticale réduite, un hippocampe et une amygdale plus grands ainsi qu’un âge cérébral plus avancé."

Les changements dans la structure du cerveau se produisent naturellement à mesure que nous vieillissons, rappelle le Pr Gotlib. Pendant la puberté et au début de l'adolescence, l'hippocampe et l'amygdale, des zones du cerveau qui contrôlent respectivement l'accès à certains souvenirs et la gestion des émotions, connaissent une croissance importante. Dans le même temps, les tissus du cortex, une zone impliquée dans le fonctionnement exécutif (un ensemble de processus cognitifs qui permet notamment de s'adapter aux situations nouvelles ou complexes plus facilement), s'amincissent.

Le vieillissement du cerveau est observé chez les enfants confrontés au mal-être

En comparant les examens IRM d'un groupe de 163 enfants pris avant et pendant la pandémie, l'étude du Pr Gotlib a montré que ce processus de développement du cerveau s'est accéléré chez les adolescents au moment où ils ont subi les confinements liés à la Covid-19. Jusqu'à présent, précise le chercheur, ces types de changements accélérés de "l'âge du cerveau" n’avaient été observés que chez les enfants qui ont connu un mal-être chronique, que ce soit à cause de violences, de problèmes familiaux ou d'une combinaison d'autres facteurs.

Cependant, on ne sait pas encore si ces modifications dans la structure cérébrale observées par les chercheurs sont liées à des changements dans la santé mentale. "Il n'est pas clair non plus si ces changements sont permanents", ajoute le Pr Gotlib. "Est-ce que leur âge chronologique finira par rattraper leur 'âge cérébral' ? Si leur cerveau reste en permanence plus vieux que leur âge chronologique, on ne sait pas quels seront les résultats à l'avenir", poursuit-il.

Pandémie : les effets neurologiques et mentaux pourraient être pires que prévu

À l'avenir, l’équipe du Pr Gotlib prévoit de continuer à suivre le même groupe évalué dans cette étude jusqu'à la fin de leur adolescence et les débuts de l'âge adulte, afin de vérifier si la pandémie de Covid a modifié leur développement cérébral à long terme. Elle prévoit également de suivre leur santé mentale et de comparer la structure cérébrale de ceux qui ont été infectés par le virus avec ceux qui ne l'ont pas été, dans le but d'identifier les différences subtiles qui auraient pu se produire.

Depuis 2020, les signalements d'anxiété et de dépression chez les adolescents se font plus nombreux et, depuis début 2021, les passages aux urgences pour geste suicidaire, idées suicidaires et troubles de l'humeur chez les enfants de 11-17 ans ont également augmenté, comme le rappelle Santé Publique France. Une récente étude a également signalé que les effets neurologiques et mentaux de la pandémie sur les adolescents pourraient avoir été encore pires que prévu.