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Peau

Comment un réseau de neurones favorise-t-il nos relations sociales ? 


Par Mégane Fleury

Un réseau de neurones situé à la surface de la peau influence nos relations sociales. 

Antiv3D/istock
L’étude publiée a nécessité trois ans de travail.
C’est la première fois que des travaux sont consacrés aux neurones du toucher plaisant chez les souris.
De nombreux neurones sont à la surface de la peau, et ont des fonctions distinctes.

Pourquoi une caresse est agréable ? Est-ce parce que notre éducation nous l’a appris ou est-ce parce que notre cerveau l’a décidé ? Des chercheurs du CNRS ont trouvé la réponse à cette question. Dans une étude parue mercredi 29 juin dans Science Advances, ils expliquent comment des neurones, situés à la surface de la peau, sont responsables du caractère agréable du toucher. 

Des relations sociales liées au toucher 

"Des recherches précédentes réalisées chez l’humain ont montré qu’il existait une population de neurones qui innervent la peau, et qui sont corrélés à la notion de plaisir, explique Amaury François, chargé de recherches au CNRS, et co-auteur de l’étude. Mais elles n’ont jamais pu aller plus loin, car on ne peut pas manipuler ces neurones." Avec son équipe, ils ont dépassé cet obstacle en basant leurs travaux sur la souris, qui dispose aussi de ce genre de neurones. "Tous les mammifères, et d’autres espèces, possèdent des neurones ressemblant à ceux-là. Par exemple, le poisson zèbre en a aussi, qui lui permettent de détecter le flux de l’eau mais qui sont également impliqués dans les relations sociales entre les poissons."

Ces recherches sur la souris ont permis aux scientifiques de manipuler les neurones pour comprendre leur rôle exact. Ils ont constaté que leur activation incite les animaux à se toucher et donc à créer des liens sociaux entre eux. "Inversement, l’altération, dès la naissance, du fonctionnement de ces neurones, provoque une baisse de l’attraction vers des contacts tactiles, et donc une diminution des interactions sociales dans le groupe", expliquent-ils dans un communiqué. Selon eux, le phénomène est le même chez l’humain : une caresse est plaisante et pousse à l’interaction. "Chez l’humain, le contexte a un rôle important, précise Amaury François. Les constructions mentales font qu’une caresse ne sera pas agréable si elle vient d’un étranger."

Un outil dans la prise en charge de l’autisme ?

Les chercheurs du CNRS espèrent que ces résultats pourront avoir différentes applications. "La plupart des gens pensent que le toucher social est une construction mentale mais nous montrons que ce n’est pas ça, insiste Amaury François. La peau peut être un moyen d’interagir avec les autres et aussi une manière de modifier les émotions des gens."

Ces découvertes pourraient notamment avoir des implications dans la prise en charge des troubles anxieux, de la dépression, mais aussi de l’autisme. "Beaucoup de parents d’enfants atteints de troubles du spectre autistique expliquent qu’ils ont des troubles du toucher, soit ils y sont hypersensibles ou alors hyposensibles, développe le chercheur. Notre hypothèse est que ces troubles font qu’on touche moins ces enfants, alors que cela peut aggraver les symptômes." Des travaux complémentaires permettront de tester cette hypothèse, et peut-être de développer de nouvelles thérapies par le toucher, qui seraient "mises en place facilement dès le diagnostic". 

Une étude en cours sur les prématurés 

En collaboration avec des chercheurs allemands, hongrois et norvégiens, l’équipe du CNRS teste des protocoles concernant les enfants prématurés. "Nos collègues demandent à la mère de suivre un protocole de toucher pour voir si cela aide à réduire les déficits dont souffrent certains grands prématurés", détaille Amaury François. Les résultats préliminaires devraient être publiés bientôt.