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QUESTION D'ACTU

Le laboratoire et l'ANSM visés

Pradaxa : pourquoi les familles portent plainte

A la suite de 4 décès de patients traités par Pradaxa, les familles déposent plainte pour homicide involontaire contre le laboratoire Boehringer Ingelheim et l'ANSM. 

Pradaxa : pourquoi les familles portent plainte DURAND FLORENCE/SIPA

  • Publié 09.10.2013 à 16h25
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« Une hémorragie sous Pradaxa, c’est un robinet ouvert ! On n’a pas les moyens de l’anticiper, et on n’a pas d’antidote » s’est insurgée Nathalie Dallard, infirmière, qui a perdu il y a un an, sa mère de 81 ans, des suites d’une hémorragie. Cette dernière qui habitait en Ardèche, était traitée par cet anticoagulant de nouvelle génération (NACO) depuis un mois et demi pour des troubles du rythme cardiaque. « Il faut que ce médicament soit retiré, c’est pour ça que nous allons déposer plainte contre le laboratoire Boehringer Ingelheim et contre l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), et que nous allons créer une association d’aide aux victimes. »

Ecouter Nathalie Dallart, infirmière, présidente de l’association Aides aux victimes du Pradaxa. « Si on porte plainte c’est pour éviter qu’il y ait d’autres victimes, l’ANSM doit retirer ce médicament maintenant. »


Dans les bureaux parisiens des avocats Philippe Courtois et Jean-Christophe Coubris, une autre famille a déposé plainte contre le laboratoire et l’ANSM pour homicide involontaire. « Yves Cueff, âgé de 70 ans, est décédé le 15 février dernier à l'hôpital de Poissy d'une "hémorragie incontrôlable" trois jours après une opération du genou qui s'était "déroulée normalement", selon le rapport médical, a exposé Me Philippe Courtois. La plainte est datée du 3 octobre et a été enregistrée au parquet de Paris. Pour le moment, quatre plaintes ont été déposées ou sont en cours de dépôt, mais les deux avocats ont déclaré avoir été contactés par d'autres plaignants potentiels.

Quels sont les arguments avancés par les plaignants ? « Il n'existe pas d'antidote, ni de traitement spécifique d'efficacité prouvée en cas de survenue d'un accident hémorragique liée à l'action de ces médicaments », alors que « la survenue d'une hémorragie sous AVK est résorbable par l'administration de vitamine K ». Pourquoi le laboratoire a-t-il commercialisé ce médicament sans antidote ? se sont interrogés les avocats, qui ont présentée à la presse une vidéo envoyée en septembre à des médecins par le laboratoire, où il est expliqué que des antidotes, « en cours de développement », sont attendus pour 2014.

Ecouter Me Jean-Christophe Coubris
, avocat des plaignants. « Cela fait 15 ans que le laboratoire travaille sur cet anticoagulant, il aurait pu se préoccuper plus tôt de ce problème d’antidote. »


Pourquoi mettre en cause l’ANSM ? En France, un suivi national de pharmacovigilance a été mis en place depuis la mise sur le marché de ces NACOs. Le prochain point d’étape en Comité Technique de Pharmacovigilance est prévu pour novembre prochain. Il concernera Pradaxa et Xarelto. « Le dispositif de pharmacovigilance a fonctionné mais on a seulement ouvert le parapluie, on n’a pas pris les bonnes décisions, a estimé Me Coubris. L’Agence aurait dû remettre en cause les études présentées par le laboratoire « qui nous semblent escamotées ». La molécule « n'a pas été assez étudiée, notamment chez les patients les plus fragiles, âgés ou souffrant d'insuffisance rénale. On ne devrait pas leur donner du Pradaxa, a insisté l’avocat. Les seniors « sont très peu représentés dans les études, alors que c’est à eux qu’ont prescrit le plus de cet anticoagulant. »

Et pourquoi les plaintes ne visent pas les prescripteurs ? « Bien que certains nous paraissent extrêmement légers dans leur attitude, nous laissons le soin au procureur d’étendre ou non les poursuites aux prescripteurs, a indiqué Jean-Christophe Coubris qui a aussi pointé du doigt le manque d’information indépendante fourni aux médecins.
Dernière précision de l'avocat, « notre objectif n'est pas de créer un vent de panique, les personnes traitées par ces nouveaux anticoagulants ne doivent pas arrêter spontanément leur traitement, en cas de doute, ils doivent aller consulter leur médecin. » 

« Boehringer Ingelheim se tient bien évidemment à la disposition des autorités qui conduiront les investigations et avec lesquelles le laboratoire collaborera activement  » , annonce dans un communiqué la filiale française du laboratoire qui commercialise Pradaxa.

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