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Covid-19

Pass vaccinal, vaccination des enfants : le point sur les nouvelles mesures

Par Thierry Borsa

La vaccination anti-Covid pourrait être ouverte pour tous les enfants de 5 à 11 ans dès ce jeudi 22 décembre et un texte de loi pourrait transformer en janvier 2022 le pass sanitaire en pass vaccinal. Deux décisions qui font débat.

Francesco Galardi/iStock

Oubliées les promesses solennelles rejetant l’obligation vaccinale ou l’extension du pass sanitaire aux actes de la vie courante : la nouvelle année va consacrer la stratégie du « tous vaccinés » comme seule et unique issue d’une crise sanitaire qui va bientôt fêter son deuxième anniversaire.

C’est ce que traduisent les dernières décisions gouvernementales, alors La France connait actuellement sa cinquième vague de l’épidémie de Covid-19 sur laquelle vient se greffer l’émergence d’un nouveau variant, Omicron, apparemment très contagieux mais dont on n’a pas encore clairement évalué la dangerosité.

Conséquences, plus de 50 000 nouveaux « cas » (personnes testées positives) sont enregistrés quotidiennement dans le pays, plus de 15 000 patients « Covid » sont hospitalisés dont près de 3 000 en soins critiques et un bilan de la pandémie qui se chiffre aujourd’hui à 121 418 décès.

Dans ce contexte, le point sur ce nouveau train de mesures.

1 – Vers une transformation du pass sanitaire en pass vaccinal dès le mois de janvier 2022.

. Ce qui est envisagé :

- Si la loi instaurant le pass vaccinal est adoptée, l’accès à tous les lieux actuellement soumis au pass sanitaire ne restera autorisé qu’aux personnes ayant reçu un cycle complet de vaccination (actuellement deux doses et une dose de rappel) ou à celles ayant guéri de la Covid et ayant reçu une dose de rappel. Le texte instaurant ce pass vaccinal devrait être présenté en Conseil des ministres le 5 janvier 2022 et examiné par les députés à partir du 10 janvier. « On espère qu’il puisse être définitivement adopté et promulgué avant la fin du mois de janvier », a précisé le porte-parole du gouvernement.

. Ce qui fait débat :

- « Le pass vaccinal, c’est en fait une obligation vaccinale déguisée », a admis en fin de semaine dernière le ministre de la Santé, Olivier Véran, interrogé par le média Brut. Le mot est lâché ! Le recours à l’obligation vaccinale avait pourtant été écarté par Emmanuel Macron : « Je l’ai dit, je le répète, le vaccin ne sera pas obligatoire », avait-il assuré en décembre 2020 au moment du lancement de la campagne de vaccination. Un changement de pied évidemment souligné par ceux qui s’opposent à cette mesure.

- « On souhaite que les personnes vaccinées puissent vivre quasi-normalement. Cela implique que les personnes non-vaccinées vivent un quasi-confinement», a affirmé le porte-parole du gouvernement. De quoi conforter les opposants à la vaccination qui accusent déjà le pass sanitaire d’être liberticide et d’organiser une ségrégation entre les personnes.

-  Le même porte-parole du gouvernement a précisé qu’il ne serait plus possible avec le pas vaccinal d’accéder aux lieux qui l’exigent « en faisant un test de moins de 24 heures ». Alors que les vaccins, s’ils réduisent effectivement le risque de développer une forme grave de la Covid-19, n’empêchent ni d’être contaminé ni de transmettre le virus. Un argument pour tous ceux qui affirment que l’on court moins le risque de contaminer les autres lorsque l’on a été testé « négatif » que lorsque l’on est vacciné. Une réalité rappelée ce lundi par le PDG du laboratoire BioNTech, co-inventeur du vaccin Pfizer, qui a souligné que « même les personnes trois fois vaccinées sont susceptibles avec le varient Omicron de transmettre la Covid».

- La question de l’obligation du pass vaccinal sur le lieu de travail « se pose et elle est légitime », a déclaré le week-end dernier Olivier Véran. Des discussions sur ce point doivent avoir lieu dès ce lundi entre la ministre du Travail et les partenaires sociaux. Si le texte devait aller dans ce sens, « les entreprises n’auraient pas d’autre choix que suspendre les réfractaires », a toutefois alerté Benoit Serre, le président de l’Association Nationale des DRH, rappelant que 3 entreprises sur 10 ayant déjà imposé le pass sanitaire à leurs employés « rencontrent des difficultés ». Difficultés qui ne pourront qu’être amplifiées par le pass vaccinal. Plusieurs responsables d’organisations syndicales se sont d’ores et déjà prononcés contre cette mesure.

2 – La vaccination des enfants de 5 à 11 ans à partir de janvier 2022

. Ce qui est envisagé :

- « La vaccination des enfants est une nécessité », a affirmé le premier Ministre Jean Castex dans un entretien à France Bleu Alsace le 12 décembre dernier. Et trois jours plus tard, lors de son intervention télévisée, Emmanuel Macron s’est prononcé en faveur d’une généralisation à tous les enfants du vaccin anti-Covid. Depuis le 15 décembre, seuls les enfants les plus à risque de développer une forme grave ou ceux vivant dans l’entourage de personnes immunodéprimées sont éligibles à la vaccination. Mais dès le 22 décembre, la vaccination des 5-11 ans pourrait démarrer dans des centres spécialisés « si tout va bien», a annoncé le ministre de la Santé. La Haute Autorité vient de donner son feu vert pour une vaccination « ni obligatoire ni exigible ». Pour cette tranche d’âge, le seul vaccin disponible serait le produit de Pfizer avec un plus faible dosage que pour les adultes.

. Ce qui fait débat :

- « La vaccination des enfants de 5 à 11 ans sans comorbidité est acceptable sur le plan éthique », a déclaré le 17 décembre le Comité Consultatif National d’Ethique mais en précisant qu’aucune mesure ne puisse conduire « directement ou indirectement à une stigmatisation ou à un quelconque préjudice envers les enfants dont les parents ne feront pas le choix de la vaccination ». Ce qui, ajouté à l’avis rendu par la Haute Autorité, semble exclure d’emblée une vaccination obligatoire pour cette tranche d’âge.

- Si le niveau de contamination est élevé chez les enfants, le risque qu’ils développent des formes graves de la maladie est extrêmement limité. Dans le calcul bénéfice-risque concernant ce vaccin, « le bénéfice est moins important que chez les personnes âgées », a admis lui-même Alain Fischer, président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale. D’où de nombreuses interrogations de la part des parents sur l’opportunité d’un vaccin en l’absence d’études sur d’éventuels effets secondaires, que ce soit à court ou à plus long terme. Un sondage réalisé par Elabe pour BFM et l’express le 16 décembre dernier montre que 7 parents sur 10 sont défavorables à cette vaccination des enfants. 

- Les adultes vivant avec des enfants scolarisés ont certes, plusieurs études le montrent, davantage de risques d’être infectés. Mais là encore, si la vaccination n’empêche pas la transmission chez les adultes, elle ne l’empêchera pas davantage chez les enfants. D’autant qu’avec les doses plus faibles qui pourraient leur être administrées, aucune donnée n’existe sur l’impact d’une vaccination des 5-11 ans sur la dynamique épidémique.