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Circuit des neurones inhibiteurs

Y a-t-il un lien entre autisme et épilepsie ?

Par Charlotte Arce

Selon une nouvelle étude américaine, épilepsie et troubles du spectre de l’autisme pourraient partager les mêmes mécanismes pathologiques. En cause : une anomalie au niveau des neurones inhibiteurs.

ThitareeSarmkasat/iStock
Menée sur des souris à qui l'on a induit une mutation, l'étude met en évidence le lien entre troubles du spectre de l'autisme (TSA) et épilepsie.
Ces deux troubles seraient liés à un dysfonctionnement au niveau du circuit des neurones inhibiteurs dans l'hippocampe, la partie du cerveau relative à la mémoire.

Compte tenu de leur degré similaire de comorbidité, épilepsie et troubles du spectre de l’autisme (TSA), sont-ils liés ?

C’est la question à laquelle tentent de répondre des chercheurs des universités de Rutgers et de Californie à Riverside dans un article publié dans la revue Translational Psychiatry.

Plus précisément, deux questions les taraudent : L'autisme entraîne-t-il une augmentation de l'épilepsie ? Ou l'épilepsie modifie-t-elle le circuit cérébral, ce qui conduit ensuite à l'autisme ?

"Une hypothèse est que, pendant le développement du cerveau, les neurones inhibiteurs, qui régulent les rythmes cérébraux, se développent de manière anormale, avance Viji Santhakumar, professeure associée au département de biologie moléculaire, cellulaire et systémique. Si cela est vrai, alors la façon dont le circuit cérébral se met en place est anormale, ce qui peut conduire à la fois à l'autisme et à l'épilepsie."

Une altération des circuits de neurones ibhibiteurs

Pour vérifier cette hypothèse, les chercheurs ont mené des expériences chez la souris. Ils se sont concentrés sur les neurones inhibiteurs car, contrairement aux neurones excitateurs qui entraînent une propagation vers l'avant de l'information, ces derniers fonctionnent comme un frein en supprimant et en sculptant l'activité des neurones en aval.

Les souris présentaient une mutation qui empêchent les neurones inhibiteurs de migrer vers leur emplacement normal dans les circuits cérébraux matures. Sans surprise, les chercheurs ont constaté une réduction des courants inhibiteurs dans l'hippocampe, la région du cerveau qui joue un rôle crucial dans le processus de mémoire. Cela s’est traduit chez les souris par des traits comportementaux associés aux TSA et à de plus fréquentes crises d'épilepsie.

D’après les chercheurs, TSA et épilepsie seraient donc liés tous deux à une anomalie de développement dans l’établissement des circuits de neurones inhibiteurs. "Si nous pouvons identifier les voies moléculaires, nous pourrons peut-être intervenir à un stade précoce et nous assurer que le circuit inhibiteur est maintenu, avance la Pr Santhakumar. La façon dont le circuit se développe peut jouer un rôle clé dans la cooccurrence de l'autisme et de l'épilepsie. La compréhension de ces mécanismes pourrait aider à développer des traitements plus ciblés."

Il ne s’agit pas ici de la première étude à établir clairement une association entre autisme et épilepsie, même si jusqu’ici, ce lien entre ces deux maladies était mal compris. Chez les sujets autistes, la prévalence de l'épilepsie est évaluée, selon les études, entre 5 et 40 %. Ces taux sont nettement supérieurs à ceux observés dans la population générale qui sont proches de 0,5 à 1 %. Lorsque les crises d’épilepsie débutent dans la première année de vie, le risque de développer un trouble du spectre de l’autisme est par ailleurs estimé à 14 %.