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Alimentation

Jeûner protégerait des intoxications alimentaires

Par Diane Cacciarella

En cas d’intoxication alimentaire, faire un jeûne de quelques jours pourrait diminuer les symptômes et améliorer la guérison. 

vaaseenaa/istock
En cas d’intoxication alimentaire, la pratique du jeûne ou - au moins - d’une restriction alimentaire temporaires peut limiter l’infection.
Selon cette étude, cela serait valable pour deux bactéries : la salmonelle et la Campylobacter jejuni.

Selon une enquête réalisée par Santé publique France entre 2008 et 2013, les intoxications alimentaires concerneraient, chaque année, environ 1,5 millions de personnes et entraîneraient plus de 17 000 hospitalisations et 200 décès. Les principales causes d’infections sont virales, mais la salmonelleune bactérie, est la première cause de décès et la deuxième d'hospitalisation. Souvent, les patients infectés par cette bactérie ont une gastro-entérite. La durée d’incubation va généralement d'un à deux jours et dépend de la dose de bactéries ingérées, de la santé de la personne et des caractéristiques de la souche de la salmonelle. Parmi les symptômes les plus fréquents, il y a la fièvre, la diarrhée, les vomissements mais aussi les douleurs abdominales.

Le microbiote intestinal impacté en cas d’infection alimentaire

Selon une toute nouvelle étude publiée dans la revue PLOS, faire un jeûne avant et pendant l'exposition à la salmonelle protègerait les souris contre le développement d'une infection due à cette bactérie. Ce phénomène vient des changements produits par le jeûne dans le microbiote intestinal. Ce dernier est une partie de l’intestin où vivent tout un ensemble de micro-organismes : bactéries, virus, parasites et champignons non pathogènes. Il influence une grande partie de l’organisme, comme le système immunitaire, le cerveau, le système cardio-vasculaire ou encore le système osseux. Évidemment, en cas d’intoxication alimentaire, le microbiote intestinal est directement impacté. 

Le jeûne réduit les symptômes des infections dues à la salmonelle...

Pour parvenir à leur conclusion, les chercheurs ont fait faire un jeûne à des souris pendant 48 heures, avant et pendant qu’elles étaient infectées par la bactérie salmonelle par voie orale. Résultats : les signes de cette infection bactérienne ont diminué chez les souris qui ne mangeaient pas, comparativement à celles nourries. Les scientifiques ont même remarqué que la quasi-totalité des dommages et inflammations des tissus intestinaux étaient éliminés. Mais quand les rongeurs ont été réalimentés, il y a eu une augmentation spectaculaire du nombre de bactéries salmonelles dans leurs parois intestinales. En revanche, l'inflammation associée était toujours atténuée. Enfin, quand les scientifiques ont utilisé une autre méthode - l’exposition des souris à la salmonelle par voie intraveineuse - les résultats n’étaient pas les mêmes : même s’ils faisaient un jeûne, ces rongeurs n’avaient aucune diminution de leurs symptômes. 

… mais aussi dues à la bactérie Campylobacter jejuni

Les scientifiques ont mené les mêmes expériences avec une autre bactérie appelée Campylobacter jejuni. Celle-ci est responsable de la campylobactériose, une infection de l’intestin qui peut engendrer des diarrhées, des douleurs abdominales, de la fièvre, etc. Selon cette étude, le jeûne aurait les mêmes vertus pour limiter l’infection de la Campylobacter jejuni. "Ces données suggèrent que le jeûne thérapeutique ou la restriction alimentaire peuvent influencer positivement les maladies gastro-intestinales infectieuses et même non infectieuses", estiment les chercheurs.

L’espoir d’une nouvelle prise en charge

“Nos recherches mettent en évidence le rôle important que jouent les aliments dans la régulation des interactions entre les agents pathogènes et le microbiome intestinal d’un patient, concluent les auteurs. Lorsque la nourriture est limitée, le microbiome semble garder les nutriments qui sont ingérés, en empêchant les agents pathogènes d’y avoir accès et d’y trouver l'énergie dont ils ont besoin pour infecter la personne. Bien que des recherches supplémentaires soient nécessaires, le jeûne ou l'ajustement de la prise alimentaire pourraient être exploités thérapeutiquement à l'avenir pour prendre en charge les maladies infectieuses”.