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Coronavirus

Covid-19 : pourquoi le variant indien inquiète

Par Jean-Guillaume Bayard

En Inde, le variant B.1.617, provoque une flambée épidémique dans le pays. Cela a conduit le gouvernement français à imposer une quarantaine de 10 jours à tous les voyageurs depuis ce territoire. Le généticien Philippe Froguel nous éclaire sur ce variant très contagieux.

Kalpit Bhachech/iStock
Le variant indien est déjà majoritaire en Inde et est présent dans de nombreux pays, notamment en Europe.
Il apparaît très contagieux mais il est trop tôt pour savoir s'il provoque plus de formes graves et de décès.
Aucun cas n'a encore été détecté en France mais les prochains séquençages pourraient révéler sa présence sur notre territoire.

Dans la famille des variants, un nouveau vient de faire son apparition : le B.1.617, ou variant indien. Il serait à l’origine d’une flambée épidémique en Inde. D’abord identifié dans l’état de Maharashtra, à l’Ouest du pays, ainsi que dans celui du Bengale-Occidental, au Nord-Est, il semble s’être propagé à l’ensemble du pays. En réaction, la France a décidé d’inclure l’Inde à la liste de pays – aux côtés du Brésil, du Chili, de l’Argentine et de l’Afrique du Sud – pour lesquels les voyageurs sont soumis à une quarantaine de 10 jours à leur arrivée sur le territoire.

Un variant très contagieux

Ce variant serait apparu “vers février mais il est devenu très important à partir de mars”, estime Philippe Froguel, généticien au CHU Lille et à l’Imperial College de Londres. Très vite, ce variant s’est propagé dans tout le pays et a supplanté tous les autres. “Il est devenu majoritaire plus vite que les autres, poursuit-il. Le variant anglais est devenu majoritaire en trois mois environ alors qu’il a fallu trois semaines – un mois à ce variant pour devenir majoritaire.” Entre 20 et 30% des tests PCR réalisés dans le pays sont actuellement positifs, “donc cela veut dire qu’il y a trois à quatre fois plus de cas réels”, assure-t-il. Cette flambée épidémique a entraîné le confinement des 20 millions d’habitants de New Dehli le 19 avril. Selon les données de l’AFP, le pays a recensé plus d'1,4 million de nouveaux cas de coronavirus au cours des sept derniers jours, soit une hausse de 64% par rapport à la semaine précédente. 

Pour l’instant, il est trop tôt pour avoir un recul nécessaire permettant de connaître la réalité de ce nouveau variant, notamment de savoir s’il provoque plus de formes graves et entraîne plus de décès. “Que ce virus soit plus contagieux, ça, nous en sommes à peu près sûr, affirme le généticien. Bien qu’on le surnomme ‘double mutant’, ce virus a en réalité 15 mutations, dont plusieurs au niveau de la protéine Spike qui ressemblent à celles repérées sur les variants sud-africains et brésiliens.” Si Philippe Froguel se dit “très inquiet” par ce nouveau variant, il reste prudent sur la question de savoir si cette souche conduit à une mortalité plus importante. “Il y a plus de morts en Inde mais également plus de cas et une flambée des cas entraîne nécessairement plus de décès donc il est très difficile d’affirmer avec certitude que ce nouveau variant tue plus”, continue-t-il. 

Une course contre la montre

Pour savoir si ce variant est capable d’échapper au système immunitaire chez les personnes vaccinées ou déjà infectées, Philippe Froguel garde la même prudence. “C’est possible qu’il puisse échapper aux vaccins mais il est encore trop tôt pour l’affirmer. C’est uniquement théorique pour le moment”, glisse-t-il. Des études sont en cours pour en savoir plus sur la capacité de ce variant à réinfecter et/ou à échapper à l’immunité acquise grâce aux vaccins.

Cette souche est-elle présente en France ? Pour l’instant, rien ne l’affirme officiellement mais rien ne l’écarte non plus. “On n’en sait rien, résume le généticien qui regrette que la France ne séquence pas plus, à l’image de son voisin britannique. On est en ce moment en train de séquencer 400 personnes dans les Hauts-de-France et j’espère en savoir plus demain. C’est une course contre la montre.” En Guadeloupe, deux cas ont déjà été enregistrés. En Angleterre, qui se présente comme le pays où ce variant est le plus présent après l’Inde, une centaine de cas ont été repérées alors que le pays rouvre petit à petit ses commerces et que les enfants reprennent les chemins de l’école. L’Allemagne, la Belgique, l’Italie, l’Espagne, la Suisse mais également les États-Unis, l’Australie ou encore la Namibie ont identifié la présence du variant B.1.617 sur leur territoire.

Dernier point de crispation pour Philippe Froguel : la vraie fausse bonne idée d’obliger les voyageurs en provenance d’Inde d’observer dix jours de quarantaine à leur entrée sur le territoire. “Aujourd’hui, les vols les moins chers depuis l’Inde passent par le Qatar ou Dubaï. Bloquer les vols directs c’est bien, mais attention aux escales, met-il en garde. La réalité, c’est que si l’on veut bloquer efficacement l’arrivée de ce variant, il faut obliger tous les voyageurs à s’inscrire sur un site internet et dévoiler leur destination finale en indiquant où ils vont s’isoler.”