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Une étude menée chez les hommes

Un test sanguin pour dépister le risque de suicide

Par Melanie Gomez

Des scientifiques américains ont découvert une enzyme qui, à des taux importants, serait liée à des tendances suicidaires. 

JAUBERT/SIPA

Détecter grâce à une simple prise de sang les personnes plus à risque de commettre un jour une tentative de suicide, certains spécialistes notamment des psychiatres en rêvent. Ils cherchent depuis longtemps de meilleurs moyens d’identifier et de prévenir ces tragédies. Grâce au travail d’une équipe de chercheurs américains, il est désormais peut être possible de l’envisager. Publiés dans la revue Molecular Psychiatry, ces scientifiques de l’Université d’Indiana affirment avoir trouvé des biomarqueurs présents dans le sang qui pourraient être utilisés pour identifier les personnes à risque de suicide dans l’avenir.  

                             

Un outil pour les pensées suicidaires cachées

Leur étude menée notamment sur une population d’hommes souffrant de troubles bipolaires a révélé que la présence d’une enzyme, appelée SAT1 à des niveaux élevés, ainsi que d’autres marqueurs biologiques, étaient plus fréquente chez les patients qui avaient les plus fortes pensées suicidaires. Concrètement pendant trois ans, cette équipe a suivi un groupe important d’hommes diagnostiqués bipolaires, ainsi que d’autres sans pathologie psychiatrique diagnostiquée mais étant passés soudainement d’une absence de pensée suicidaire à une forte idéation suicidaire. Ces patients ont eu des prises de sang tous les 3 à 6 mois ainsi que des consultations régulières pour évaluer leur état psychlogique.

 

« Plus d’un million de personnes meurent de suicide chaque année  et on ne dispose pas pour le moment de marqueurs objectif, a déclaré le Dr Niculescu, principal auteur de l’étude. Il y a des gens qui ne veulent pas révéler qu'ils ont des pensées suicidaires et qui  ensuite passe à l’acte … Nous avons besoin de meilleurs moyens d'identifier, d'intervenir et de prévenir ces cas tragiques », conclut-il. Pour valider leurs résultats, ces chercheurs ont ensuite analysé des échantillons sanguins prélevés sur des victimes de suicide datant de moins de 24h et ont constaté que certains de ces mêmes marqueurs étaient, là aussi, significativement plus élevés que la moyenne.

 

Les experts divisés sur l’utilité du test

Bien que confiants concernant la validité de ces biomarqueurs, les auteurs précisent que de nouvelles études devront être menées. Notamment pour évaluer si ces résultats concernent la population générale non atteinte de troubles psychiatriques, ainsi que les femmes. En effet, cette enquête n’a été réalisée que chez des hommes. « Il semble que ce sont de bons marqueurs du comportement suicidaire chez les hommes qui ont des troubles bipolaires ou des hommes dans la population générale qui commettent des suicides impulsifs violents», a ajouté le Dr Niculescu.

 

Malgré l’enthousiasme des auteurs de ce travail, certains experts émettent quelques réserves quant à la faisabilité et à l’intérêt pratique de la mise au point d’un test prédictif du risque de suicide. Certains ne voient pas bien l’utilité d’un tel outil de dépistage en pratique clinique, ni en population générale, ni parmi les patients bipolaires. Selon eux, les professionnels de santé sont aujourd’hui déjà très conscients du risque élevé de suicide chez les personnes souffrant de cette pathologie. Ces médecins rappellent également que le suicide n’est pas une maladie et que le passage à l’acte dépend le plus souvent de trop nombreux facteurs, comme les aléas du quotidien, le stress ou encore d’autres pathologies psychiatriques.