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Couverture vaccinale

Covid-19, grippe, rougeole : comment faire des vaccins le fer de lance de la prévention ?

Par Virginie Galle

Capables de prévenir 29 maladies infectieuses, les vaccins ont sauvé des millions de vies à travers le monde. Pourtant, la couverture vaccinale reste insuffisante en France. 

Manit Chaidee / istock.

La vaccination utilise la mémoire du système immunitaire : elle consiste à administrer des fragments d’un agent pathogène (virus ou bactéries) ou des protéines identiques à celles rencontrées par les agents pathogènes, à un individu pour le protéger d’une rencontre ultérieure avec le même agent.

Capables de prévenir 29 maladies infectieuses, les vaccins ont sauvé des millions de vies à travers le monde, depuis les premières vaccinations contre la variole au XVIIIème siècle. 
En se protégeant soi-même, on protège aussi la collectivité du développement de graves épidémies, et notamment les personnes les plus fragiles (femmes enceintes, nourrissons, personnes immunodéprimées ou âgées). Pourtant, la couverture vaccinale reste insuffisante en France (objectifs : 95 % pour toutes les vaccinations recommandées et 75% pour la grippe).

Incitation, information, simplification

Notre couverture vaccinale est notamment insuffisante pour la rougeole, qui est extrêmement contagieuse (une personne contaminée en contamine entre 15 et 20 autres). Depuis plusieurs années, des épidémies de rougeole se déclarent sur le territoire, faisant plusieurs morts par an, alors même que c’est une maladie que l’on pourrait espérer éradiquer grâce à la vaccination. "Le fait qu’un enfant décède d’une maladie évitable par un vaccin est un scandale", s’insurge Dr Tedros Adhanom Ghebreysus, le directeur général de l’OMS.

Le taux de vaccination contre la grippe est également insuffisant. La couverture vaccinale contre la grippe (tous groupes d’âges confondus) stagne autour de 45% depuis 2015 alors qu’elle était de 60% en 2009. "Les chiffres de la couverture vaccinale de la grippe ne sont pas bons", confirme le Dr Benjamin Wyplosz, infectiologue au service des maladies infectieuses du CHU de Bicêtre. "Beaucoup de chose peuvent expliquer l’insuffisance de la couverture vaccinale en France. Il y a d’abord un manque d’incitation (beaucoup de soignants ne se vaccinent pas contre la grippe, la transmettant à leurs patients), un manque d’information (on pense qu’on ne l’attrapera jamais, que les vaccins rendent malades ou qu’ils sont inefficaces*) et aussi des difficultés de réalisation. Pour certaines personnes déjà malades, c’est compliqué de se déplacer pour acheter le vaccin, de le conserver au froid, de trouver quelqu’un pour faire l’injection… Le fait que les pharmaciens peuvent désormais vacciner va certainement simplifier les choses", estime Benjamin Wyplosz.

Des vaccinations rendues obligatoires

Pour tenter d’améliorer la couverture vaccinale française, les vaccins dits « obligatoires » ont été étendus en janvier 2018. "Je déteste la coercition, ce n'est pas dans mon tempérament. Mais là, il y a urgence", avait expliqué l’ex-ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn au Parisien, parlant d'un "vrai problème de santé publique".

En plus des vaccins contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (auparavant les 3 seuls vaccins obligatoires), voici les 8 autres vaccinations rendues obligatoires pour les enfants de moins de 2 ans en 2018 : coqueluche, Haemophilus influenzae type b, hépatite B, rougeole-oreillons-rubéole (ROR), infection à pneumocoque, infections à méningocoque C.
 Ces 11 vaccins sont indispensables pour que l’enfant puisse être admis en collectivité.

Carnet électronique de vaccination et rendez-vous de prévention

"Pour faciliter le suivi par les citoyens de leur statut vaccinal, les entreprises du médicament proposent la mise en place d’un carnet électronique de vaccination à l’échelle nationale, en vue d’une intégration dans le dossier médical partagé", expliquent de leur côté les entreprises du médicament (Leem). Elles préconisent par ailleurs "d’instaurer des rendez-vous de prévention incluant la vaccination à des périodes clé de la vie : scolarité, adolescence, entrée dans la vie active, départ en retraite".  

Quelle stratégie vaccinale contre la Covid-19 ?

Quid du potentiel vaccin contre le coronavirus ? "Déjà que le vaccin contre la grippe reste optionnel pour la majorité d’entre nous, on ne pourra pas le rendre obligatoire", estime Benjamin Wyplosz. "C’est encore trop tôt pour établir une stratégie vaccinale, ne serait-ce que parce qu’on ne sait pas combien de dose de vaccin il faudra administrer pour qu’il soit efficace. Mais il faudra certainement établir les personnes à vacciner en premier, comme les soignants ou les pompiers", poursuit-il.  

Impossible de parler stratégie vaccinale sans évoquer la recherche d’un vaccin contre la COVID-19, qui mobilise aujourd’hui la recherche mondiale en infectiologie. Les groupes pharmaceutiques français et britanniques Sanofi et GSK ont annoncé ce jeudi 3 septembre le lancement de l’essai clinique de phase I/II de leur candidat vaccin contre la Covid-19. Il s’agit "d’une étape importante et un pas de plus vers le développement d’un vaccin potentiel pour nous aider à vaincre la Covid-19", se félicite Thomas Triomphe, le vice-président exécutif de Sanofi.

L’essai clinique de phase I/II marque le début des tests du candidat vaccin sur les humains après que les études précliniques ont révélé “un profil de sécurité et d’immunogénicité prometteur”, précise le communiqué. L’essai randomisé, qui sera réalisé en double aveugle avec un placebo, va être fait sur 440 adultes. Il vise à évaluer les profils de sécurité, de tolérance et de réponse immunitaire de ce candidat vaccin contre la Covid-19. “Le passage de ce candidat-vaccin en phase de développement clinique est une étape importante des efforts engagés pour lutter contre la pandémie à laquelle nous sommes confrontés”, avance Roger Connor, président de GSK Vaccines, dans le communiqué des deux entreprises.

Dans la course au vaccin, Sanofi et GSK ne sont pas en tête. Le candidat-vaccin américain, développé par le laboratoire Pfizer en partenariat avec la biotech Moderna, est lui déjà entré dans la phase III des essais cliniques, la dernière avant la commercialisation. Donald Trump espère qu’un vaccin sera prêt pour le 1er novembre et les États-Unis se prépareraient à un plan de vaccination à grande échelle pour cette date. Il en est de même pour celui des chercheurs britanniques d’Oxford, avec l’entreprise pharmaceutique AstraZeneca, qui espèrent obtenir les résultats à l’automne pour pouvoir proposer le vaccin d’ici à la fin de l’année. Le candidat-vaccin développé par le laboratoire chinois CanSino en est lui aussi à la phase III des essais cliniques qui sont réalisés au Brésil et en Indonésie. Par ailleurs, fin juillet, le gouvernement a annoncé à la télévision publique avoir déjà lancé une campagne de vaccination sur 20 000 personnes à risque.

*Un Français sur trois ne croit pas que les vaccins soient sûrs, ce qui fait de la France un des pays les plus sceptiques au monde. 

Sujet réalisé à partir du dossier du LEEM "100 questions sur le médicament". 

Retrouvez ci-dessous les fiches du LEEM sur les thèmes "Où en est l’industrie du vaccin ?" et "Vaccins : pourquoi sont-ils le fer de lance de la prévention ?":

https://www.leem.org/100-questions/ou-en-est-lindustrie-du-vaccin?q=vaccination

https://www.leem.org/100-questions/vaccins-pourquoi-sont-ils-le-fer-de-lance-de-la-prevention?q=vaccination