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La chronique du Docteur Lemoine

Le chocolat bon pour la santé, l’éternel débat !

Par le Dr Jean-François Lemoine

Le chocolat bon pour la santé, l’éternel débat ! Même confiné, j’aime le chocolat. Mais chocolat pour… chocolat contre, un débat qui n’est pas près d’être tranché ! Une seule certitude, c’est bon… Il y a ceux qui savent que c’est gras, sucré, donc hyper calorique. Il paraît qu’il y en a d’autres qui ne peuvent pas s’en passer… Il existe des arguments pour soutenir ces deux avis opposés. Vous allez comprendre ce que peut signifier, en nutrition aujourd’hui, la malhonnêteté intellectuelle. A vous de juger !  

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MOTS-CLÉS :

Des chercheurs japonais disent avoir trouvé les neurones responsables de l’envie de chocolat. En activant certains neurones de souris qui sont devenues obèses. Pourquoi pas ! Mais de là à évoquer une solution contre l’obésité, le raccourci est un peu rapide et va faire sourire les vrais spécialistes de cet aliment très particulier ; très étudié par les médecins, car très complexe dans ses effets et les explications de ceux-ci. 

Chocolat pour !

C’est un aliment très à part. Il est difficile, d’ailleurs, d’en trouver un similaire qui traverse, avec autant de bonheur, l’histoire alimentaire des hommes. Des indiens mayas à nos écrans de télévision, il n’en finit pas d’avoir ses défenseurs. Car, d’un point de vue strictement diététique, on ne peut pas lui trouver toutes les vertus. Du sucre, de la graisse à profusion, bref, tout ce qui fait grossir, donc pas vraiment d’un grand intérêt nutritionnel. Mais, cependant, vous trouverez partout des médecins pour le défendre.

D’abord les psychiatres. On a beaucoup parlé des vertus du chocolat dans les dépressions nerveuses. Les chimistes ont trouvé dans son analyse plusieurs substances : le phényle éthylamine, la tyrannie ; des noms compliqués qui sont en fait des produits proches des amphétamines, dont on connaît le rôle excitant. On y trouve également de la sérotonine, que l’on prescrit dans les dépressions. Enfin, un autre composé proche du cannabis et une dernière substance qui coupe l’appétit, pouvant faire du chocolat – s’il n’était pas si riche – un excellent aliment de régime. Si l’on connaît bien l’effet isolé de tous ces produits, on connaît mal leur rôle lorsqu’on les associe. Ainsi, si on mélange un antidépresseur, un excitant, un anorexigène… On obtient du chocolat… En aucun cas un médicament bien défini.

Les sexologues se sont intéressés au produit en prétendant que ses vertus aphrodisiaques – indissociables de son histoire au point qu’il fut officiellement condamné autrefois par l’Eglise – trouvent également leur explication dans le phényle éthylamine. Cette substance, injectée à un rat de laboratoire, déclenche chez celui-ci un comportement copulatoire ! Les expériences se sont arrêtées – du moins en laboratoire – chez le rat… Reste à définir la quantité nécessaire pour obtenir le même effet chez l’homme.

Bonne source de magnésium, ce qui ne gâche rien, le chocolat est surtout en train d’essayer de gagner de vraies lettres de noblesse en empruntant la voie, extrêmement à la mode, des produits antioxydants qui sont censés lutter contre toute une série de cancers, et surtout, freiner notre vieillissement.

Toutes ces informations sont certainement très sérieuses et référencées par toute une batterie de chercheurs. Elles sont toutefois fournies au monde médical par la chambre syndicale nationale des chocolatiers, ce qui doit inciter à une certaine prudence, en particulier chez les gros ou les diabétiques car, rappelons-le, le chocolat est avant tout gras et sucré, donc particulièrement riche. Toutefois, même si les explications scientifiques sont alléchantes, c’est certainement dans le plaisir des papilles gustatives qu’il faut aller chercher le succès mondial et permanent de cet aliment, dont Brillat-Savarin, qui est à la cuisine ce que Fleming est aux antibiotiques, disait : « Heureux chocolat qui, après avoir couru le monde à travers le sourire des femmes, trouve la mort dans un baiser savoureux et fondant de leur bouche ».

Chocolat contre !

Pas uniquement par goût, mais parce que l’excès de chocolat n’est pas bon pour la santé. Une évidence pour tous les médecins, en particulier pour les nutritionnistes qui se battent quotidiennement contre les excès de calories, ou pour les cardiologues qui voient tous les jours les conséquences de l’obstruction de nos artères par des paquets de graisse. Une évidence que l’on espère partagée par tous ceux qui présentent un risque. Il existe pourtant une tentation « communication santé » pour le lobby du chocolat : d'abord des études « scientifiques » pour nous convaincre que « manger du chocolat serait bon pour le cœur ». Dans la catégorie des informations dangereuses, il y avait déjà eu le célèbre « beurrez vitaminé » des producteurs de lait… Une vérité scientifique aussi intelligente que : « si une mouche vous dérange sur le front, tuez-la avec un grand coup de marteau ». C’est vrai que l’on tue la mouche, mais les conséquences du geste sont tout autres !

Même si l’économie de notre monde s’affole et si la liberté d’informer est essentielle, il faut mettre en garde le public contre les arguments santé qui deviennent, chaque jour, un peu plus des arguments majeurs de vente. Par exemple, avec le chocolat qui fait maigrir, on franchit à nouveau la ligne rouge. Certes, messieurs les chocolatiers, vos chercheurs ont peut-être démontré qu’une boisson à base de cacao diminue l’activation et l’agrégation plaquettaires, dans des proportions infiniment moins efficaces d’ailleurs, que les quelques milligrammes d’aspirine que l’on donne dans la prévention des maladies cardiovasculaires. Certes, vous avez des pistes sur les propriétés antioxydantes de votre produit, l’antioxydation, cette tarte à la crème – je devrais dire « mousse au chocolat » – récurrente de la lutte contre le vieillissement. Mais vous devriez ajouter qu’il y a autant de calories dans 100 grammes de chocolat que dans 350 grammes de cacahuètes d’apéritif, pourtant déjà très grasses, ou que dans 700 grammes de poisson, ou six œufs, ou six tranches de jambon ou encore un kilo et demi de fruits. Bref, le chocolat c’est 40 % de sucre, 30 % de graisses, et pas des meilleures.

En conclusion, loin de moi l’idée de vous priver du plaisir gustatif de l’aliment si vous en avez vraiment envie, mais sachez qu’il ne s’agit que d’un plaisir et en aucun cas d’un geste thérapeutique.

Docteur Jean-François Lemoine

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