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En Europe

Médicament : la France isolée avec le monopole des pharmacies

Par Thierry Duberral

Sous différentes formes, plusieurs pays européens ont ouvert le marché de l'automédication à des points de vente alternatifs aux pharmacies. Avec des répercussions sur les prix.

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La France pourra-t-elle s’accrocher encore pendant longtemps à son monopole pour la distribution  de médicaments  sans ordonnance ? La note de l’Autorité de la concurrence (1) prônant l’ouverture de ce marché à d’autres distributeurs a rappelé  cette semaine que le pays apparaissait de plus en plus isolé sur la carte européenne. De plus l’ouverture de la vente en ligne aux seules pharmacies, effective depuis vendredi dernier, fait entrer de facto  l’aspirine ou le sirop contre la toux parmi les biens de consommation courante et donc obéir aux règles de la libre concurrence.

Suivant des formes diverses, drugstores ou parapharmacie, et divers modèles de délivrance, présence ou non d’un pharmacien, le marché de l’automédication s’est largement libéralisé ailleurs. Du coup, la France est à la traîne par rapport à ses voisins. L'automédication, qui pèse 2,2 milliards, reste inférieure à la moyenne des autres pays européens (15,3 % en France contre 23,3 % en Europe). La dépense moyenne annuelle en produits d'automédication par habitant s'élève à 34,5 euros en France pour une moyenne européenne légèrement supérieure à 39 euros.

Pour conserver ce monopole, ses défenseurs avancent un argument choc : avec ou sans ordonnance, le médicament n’est pas un produit comme les autres. Selon eux, les 22000 pharmacies réparties sur le territoire garantissent une délivrance sécurisée et une traçabilité qu’aucun autre réseau ne pourrait concurrencer. Au passage, ils rappellent aux pouvoirs publics qu’une ouverture de ce marché pousserait à la consommation dans un pays déjà réputé pour ses excès en la matière.

Les pharmaciens qui travaillent dans mes parapharmacies ont les mêmes diplômes que ceux des officinaux, répond en substance Miche-Edouard Leclerc. Mais surtout, le géant de la grande distribution affirme que cette remise en cause du monopole profiterait d’abord au consommateur. Dans une grande enquête publiée en mars 2012 (2), l’UFC-Que choisir a voulu savoir qui avait raison. Prenant l’exemple des 400 médicaments déremboursés depuis dix ans (parmi lesquels figurent des médicaments d’automédication et d’autres soumis à prescription), l’institution cite une étude de l’Irdes montrant que les prix de vente au consommateur ont augmenté en moyenne de 43 %.
En revanche, en Italie, des relevés réalisés par une association de consommateurs indiqueraient que les prix seraient 4,7 % moins chers dans les points de ventes alternatifs et 17% dans les espaces dédiés des grandes surfaces.
Pour la facture du consommateur, estime l’UFC, l’économie pourrait atteindre 16 % sur leurs dépenses de médicaments non remboursables.

L’association de consommateurs ne redoute pas non plus une dérégulation totale de ce marché. En prenant l’exemple étranger, elle évalue à + 10 % l’augmentation du nombre de points de vente. Enfin, dans les 4 pays qui ont libéralisé ce secteur dans les années 2000 (Danemark, Norvège, Portugal et Italie), la croissance annuelle de la consommation de médicaments a été égale ou inférieure à celle de la France.

(1) Autorité dela concurrence

(2) Automédication : Contre les maux diagnostiqués, l’UFC-Que Choisir propose son antidote